Votre fonds en euros a rapporté 2,63 % en 2025. Au même moment, l'État français emprunte à dix ans au-dessus de 4 %, un niveau qu'il n'avait plus connu depuis 2009. L'écart saute aux yeux. Où passe la différence ?
Nulle part. Elle arrive, mais lentement, et surtout pas au même rythme selon la date d'ouverture de votre contrat. C'est le point que les classements de rendement ne mentionnent presque jamais, alors qu'il pèse aussi lourd que le niveau de frais.
Pourquoi la hausse de l'OAT met des années à se voir sur votre relevé
Un fonds en euros est d'abord un portefeuille obligataire. L'ACPR chiffre à environ 60 % la part des obligations dans les placements des assureurs-vie. Ces titres ont été achetés à des dates différentes, à des taux différents, et ils ne se remplacent qu'à leur échéance, ou avec l'argent frais qui rentre.
Le rendement des actifs bouge donc par petites touches. L'ACPR le mesure chaque année sous le nom de taux de rendement de l'actif, le TRA. Proche de 2,1 % de 2020 à 2023, il remonte à 2,5 % en 2024, puis à 2,8 % en 2025. Trois ans de taux élevés pour 0,7 point gagné.
Ce qui reste à renouveler donne la mesure de ce qui peut encore arriver. Fin 2025, toujours selon l'ACPR, environ 60 % des placements obligataires arrivant à échéance dans les quatre prochaines années portent un coupon inférieur à 3 %. Chaque euro qui se libérera pourra être replacé nettement mieux. Le mouvement est engagé. Il est loin d'être terminé.
Stock et flux : ce qui sépare vraiment deux fonds en euros
Le taux servi est une moyenne pondérée entre deux poches. D'un côté le stock, les obligations déjà en portefeuille. De l'autre le flux, celles achetées aux conditions du moment.
Sur un contrat ouvert avant 2021, le stock pèse encore très lourd. Il a été constitué pendant une décennie de taux bas, parfois négatifs, et il faudra des années avant que les nouvelles obligations en changent la moyenne. Ce même stock ancien porte, en proportion, la moins-value latente la plus élevée.
Sur un fonds en euros lancé en 2023 ou 2024, il n'y a quasiment pas de stock ancien à traîner. La quasi-totalité du portefeuille a été achetée aux taux actuels. Le rendement affiché colle donc de près aux conditions de marché, et le sujet de la moins-value latente est marginal, faute d'obligations à déprécier.
Deux contrats présentés côte à côte dans un comparatif peuvent ainsi avoir des moteurs très différents. Le niveau de frais est toujours mis en avant, et c'est normal, il se lit sur la fiche produit. L'âge du portefeuille obligataire, lui, ne s'y lit jamais. Il se demande.
La même hausse déprécie le stock ancien, mais la moins-value reste latente
Le prix d'une obligation évolue à l'inverse de son taux de marché. Une OAT achetée en 2019 à un rendement proche de zéro vaut aujourd'hui sensiblement moins que son prix d'achat, si l'assureur devait la céder avant son échéance.
Cette moins-value reste latente tant que le titre est conservé jusqu'au terme. Les assureurs comptabilisent en effet l'essentiel de leurs obligations au coût amorti, c'est-à-dire à leur valeur d'acquisition, et non en valeur de marché. Le référentiel prudentiel Solvabilité II, lui, réévalue bien les actifs au prix du marché.
Deux lectures, toutes les deux justes, qui ne racontent pas la même chose : un bilan comptable d'apparence stable d'un côté, une sensibilité prudentielle très réelle à la remontée des taux de l'autre. C'est ce décalage, et non le niveau des taux lui-même, qui explique la vigilance du régulateur.
La PPB, l'amortisseur qui s'est vidé d'un quart en trois ans
La provision pour participation aux bénéfices est la réserve dans laquelle un assureur puise pour lisser le taux qu'il sert. Elle est dotée les bonnes années, et le Code des assurances lui impose d'être redistribuée aux assurés dans un délai de huit ans. Ce n'est pas une cagnotte discrétionnaire : c'est de l'argent déjà mis de côté pour les contrats.
Voici son évolution pour les contrats individuels, en pourcentage des provisions d'assurance-vie, telle que l'ACPR la publie.
| Fin d'année | PPB (contrats individuels) |
|---|---|
| 2020 | 5,1 % |
| 2021 | 5,4 % |
| 2022 | 5,4 % |
| 2023 | 4,9 % |
| 2024 | 4,3 % |
| 2025 | 4,0 % |
La réserve a donc reculé de 5,4 % à 4,0 % en trois ans. L'ACPR précise que le maintien de la revalorisation 2025 a été permis par la hausse du TRA et par une reprise de PPB, plus faible toutefois qu'en 2023 et 2024. Rien d'alarmant en soi, c'est exactement l'usage prévu. Mais un amortisseur qui se vide absorbe moins de choc qu'un amortisseur plein, et le niveau se regarde contrat par contrat.
Une idée circule sur ce point, selon laquelle les assureurs traditionnels et les mutuelles garderaient une réserve plus épaisse que les bancassureurs. Les chiffres 2025 de l'ACPR disent l'inverse : 4,2 % chez les bancassureurs, contre 3,6 % chez les assureurs traditionnels. L'écart se resserre d'ailleurs depuis 2023, les premiers ayant repris de la provision quand les seconds en remettaient de côté. À vérifier auprès de votre assureur plutôt qu'à supposer d'après sa catégorie.
Ce qui se passerait si tout le monde retirait en même temps
Le scénario que surveille le régulateur ne se déclenche pas par la hausse des taux. Il se déclenche par des retraits massifs et simultanés, qui obligeraient un assureur à vendre des obligations avant leur échéance. La moins-value latente deviendrait alors une perte réalisée.
C'est pour ce cas de figure que la loi Sapin 2, à l'article L.631-2-1 du Code monétaire et financier, permet au Haut Conseil de Stabilité Financière de suspendre temporairement les rachats. Le dispositif existe depuis 2016 et n'a jamais été activé. Nous en détaillons les conditions, la durée et le périmètre exact dans notre analyse Fonds euros 2026 : rendement, risque de blocage et hausse des taux d'État, ainsi que dans notre article dédié à la loi Sapin 2 et l'assurance vie.
Le mécanisme décrit ici n'est pas ce risque. Il détermine seulement, assureur par assureur, la marge de manoeuvre disponible avant d'en arriver là.
Ce que cela change concrètement pour votre épargne
Rien de tout cela ne rend le fonds en euros dangereux. Le capital reste garanti par l'assureur, l'effet cliquet joue, et les intérêts déjà crédités ne peuvent pas être repris.
Ce que ce mécanisme rappelle, c'est qu'« assurance vie » ne désigne pas un placement, mais une enveloppe. Deux contrats logés sous la même étiquette peuvent avoir un portefeuille obligataire séparé par dix ans d'écart, et une réserve de lissage du simple au double.
Trois questions valent donc mieux qu'un classement de rendement.
- Quand mon fonds en euros a-t-il été lancé, et quelle part de son portefeuille a été achetée après 2022 ?
- Quel est le niveau de PPB de mon assureur, et comment a-t-il évolué depuis 2022 ?
- Quelle part de mon épargne dépend de ce seul mécanisme ?
La diversification à l'intérieur de l'enveloppe est une première réponse, entre fonds en euros et unités de compte. La diversification hors de l'enveloppe en est une autre. Les parts de SCPI détenues en direct reposent sur des actifs immobiliers physiques, sans la mécanique de duration obligataire décrite ici, avec en contrepartie leurs propres risques : perte en capital, revente non garantie, horizon long. Loger des SCPI dans un contrat d'assurance vie ne fait pas disparaître ces risques et en ajoute d'autres, nous les détaillons dans SCPI en assurance-vie : ce que les contrats ne mettent pas en avant.
Aucun placement ne supprime le risque. Chacun le déplace ailleurs. Pour situer le vôtre, notre méthode pour choisir vos SCPI et notre classement des SCPI donnent les points de comparaison, et un échange avec un consultant permet de chiffrer votre situation. C'est gratuit et sans engagement.
FAQ
Pourquoi mon fonds en euros ne rapporte-t-il pas 4 % alors que l'OAT est à 4 % ?
Un fonds en euros récent rapporte-t-il vraiment plus qu'un ancien ?
Qu'est-ce que la PPB, et pourquoi son niveau compte ?
La moins-value latente de mon assureur peut-elle me coûter de l'argent ?
Faut-il quitter son fonds en euros ?

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