Construire un patrimoine seul n'est pas la version divisée par deux du même exercice à deux. Quatre règles fiscales et civiles traitent différemment une personne seule et un couple, et aucune des quatre n'est intuitive. Deux jouent contre, une joue pour, et la quatrième dépend entièrement de ce que vous en faites. Les connaître change moins vos placements que la façon de les détenir.
Une part fiscale, pas deux
C'est l'asymétrie la plus connue, et la plus mal comprise.
Une personne seule compte une part de quotient familial. Un couple marié ou pacsé imposé conjointement en compte deux. Cela ne signifie pas qu'un célibataire paie « deux fois plus d'impôt », mais que son revenu franchit les tranches du barème plus tôt, puisque le revenu imposable n'est pas divisé avant application du barème.
Conséquence pratique pour un investisseur : les revenus fonciers coûtent plus cher à un célibataire. Des revenus de SCPI détenues en direct, ou des loyers d'un bien locatif, viennent s'ajouter à un revenu déjà positionné plus haut dans le barème, et ils sont imposés à la tranche marginale.
Ce n'est pas un argument pour renoncer aux revenus fonciers, c'est un argument pour regarder le rendement net plutôt que le rendement affiché, et pour examiner sérieusement les modes de détention qui décalent l'imposition dans le temps plutôt que de la subir chaque année.
Un seuil d'IFI identique à celui d'un couple
Celle-ci est nettement moins connue, et c'est la plus brutale.
Le seuil d'assujettissement à l'impôt sur la fortune immobilière est de 1,3 million d'euros de patrimoine immobilier net taxable. Ce seuil s'apprécie par foyer fiscal, et il n'est pas doublé pour un couple.
Autrement dit, deux personnes vivant ensemble avec 1,2 million d'euros d'immobilier chacune, soit 2,4 millions au total, sont imposables. Une personne seule avec 1,4 million l'est aussi. Mais rapporté au patrimoine par personne, le célibataire atteint le seuil avec un patrimoine deux fois moindre.
Pour un investisseur seul dont le patrimoine immobilier approche ce niveau, résidence principale comprise après son abattement de 30 %, et parts de SCPI comprises pour leur fraction représentative d'immobilier, la question de la répartition entre actifs immobiliers et non immobiliers cesse d'être théorique.
Aucune protection matrimoniale, et une succession lourdement taxée
Ces deux points forment en réalité un seul sujet, et c'est celui qui coûte le plus cher quand il n'est pas traité.
En l'absence de conjoint, il n'existe aucun mécanisme automatique de protection ou de transmission privilégiée. Pas de conjoint survivant, pas de régime matrimonial, pas d'exonération de droits de succession au profit du conjoint.
En l'absence également de descendant, la succession revient aux ascendants s'il en reste, puis aux collatéraux : frères et sœurs, puis neveux et nièces. La taxation y est nettement plus lourde qu'en ligne directe, et elle peut atteindre 60 % lorsque le bénéficiaire désigné n'a aucun lien de parenté avec le défunt. Sur un patrimoine construit pendant trente ans, l'ordre de grandeur n'est pas anecdotique.
Deux outils répondent directement à cela, et aucun n'est automatique : il faut les mettre en place.
- Le testament, qui permet de désigner qui reçoit quoi. Sans lui, c'est la dévolution légale qui s'applique, et elle ignore vos affinités réelles.
- L'assurance-vie, dont la clause bénéficiaire permet de désigner librement toute personne, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les capitaux issus de versements effectués avant 70 ans, quel que soit le lien de parenté. C'est le seul dispositif qui permet à une personne sans conjoint ni enfant de transmettre un montant significatif à qui elle veut sans taxation confiscatoire.
Une personne seule qui n'a ni testament ni clause bénéficiaire à jour laisse la loi décider à sa place. C'est le point le plus urgent de cette liste, et souvent le seul qui ne coûte presque rien à traiter.
Ce qui joue en votre faveur
Il serait malhonnête de ne présenter que les contraintes, parce qu'une asymétrie joue franchement dans l'autre sens.
Vous décidez seul, et vite. Aucun arbitrage à négocier, aucune divergence d'horizon ou de tolérance au risque à concilier, aucune indivision à dénouer en cas de séparation. Sur un patrimoine construit dans la durée, la cohérence des décisions vaut souvent plus que le rendement d'un support pris isolément.
Vous n'avez pas de risque de division. Une part importante des difficultés patrimoniales des couples vient de la sortie : indivision mal organisée, bien acheté à deux sans convention, arbitrage impossible parce que l'un veut vendre et l'autre non. Ces sujets n'existent pas pour vous.
Ce que le célibat impose, en revanche, c'est de formaliser ce qu'un couple obtient par défaut : la protection, la transmission, la désignation des bénéficiaires. Tout cela existe, rien n'est automatique.
Sur un patrimoine qui approche les seuils évoqués ici, ces quatre points s'articulent, et un choix fiscal peut défaire un choix successoral. Rappelons enfin que les supports immobiliers évoqués comportent un risque de perte en capital, la valeur des parts n'étant pas garantie, ainsi qu'un risque de liquidité à la revente, sur un horizon recommandé de huit à dix ans. Si vous voulez poser les quatre à plat sur votre situation, nos consultants le font avec vous.
FAQ
Un célibataire paie-t-il plus d'impôt sur ses revenus fonciers ?
Le seuil de l'impôt sur la fortune immobilière est-il plus bas pour une personne seule ?
Qui hérite d'une personne sans conjoint ni enfant ?
Comment transmettre à qui l'on veut quand on est seul ?
Y a-t-il des avantages patrimoniaux à investir seul ?

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