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Retraite d'un policier : combler l'écart entre le départ anticipé et la RAFP

Par Grégorie Moulinier, Conseiller en Investissements Financiers ·

Bon à savoir
Retraite d'un policier : combler l'écart entre le départ anticipé et la RAFP
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Un gardien de la paix qui remplit ses conditions peut quitter le service bien avant l'âge légal. Sa retraite additionnelle, elle, ne bougera pas d'un jour : elle attend l'âge légal, comme pour tout le monde.

Entre les deux, il y a une dizaine d'années pendant lesquelles une partie de la rémunération de carrière n'est tout simplement pas versée. Ce décalage est connu des intéressés, rarement chiffré, et presque jamais préparé. Voici comment il fonctionne, et ce qu'on peut mettre en face.

À quel âge un policier peut-il partir à la retraite ?

Les personnels actifs de la police nationale relèvent de ce que l'administration appelle la catégorie super-active, au titre des sujétions et des risques propres au métier.

L'âge d'ouverture des droits y est fixé entre 52 et 54 ans, avec un relèvement progressif introduit par la réforme du 14 avril 2023 et qui concerne les générations nées à partir de 1967. Il faut par ailleurs justifier de vingt-sept années de services super-actifs, une condition qui structure les fins de carrière bien plus que l'âge lui-même.

S'y ajoute la bonification dite du cinquième. Le mécanisme est simple : une annuité supplémentaire par période de cinq ans de services actifs, dans la limite de cinq annuités. Le plafond est donc atteint après vingt-cinq ans de services, et ces années comptent dans le calcul de la pension. En contrepartie, elle donne lieu à une cotisation supplémentaire. La réforme de 2023 ne l'a pas remise en cause : elle a au contraire supprimé sa dégressivité.

Retenez surtout ceci : un départ autour de la cinquantaine avancée reste possible, et c'est bien ce que font la plupart de ceux qui remplissent les conditions.

Pourquoi la RAFP n'est pas versée le jour du départ

C'est le point que beaucoup découvrent tard, parfois au moment de monter le dossier.

La retraite additionnelle de la fonction publique n'a pas d'âge d'ouverture propre. Elle est versée à l'âge légal de départ, soit 62 ans pour la génération 1960 et 64 ans à partir de la génération 1968, et seulement une fois la pension de base liquidée. Le régime le dit noir sur blanc : partir avant l'âge légal, pour quelque motif que ce soit, ne rapproche pas d'un jour le versement de la RAFP.

Conséquence directe pour un policier parti en super-active : une dizaine d'années séparent son départ effectif du versement de sa retraite additionnelle. Pendant tout cet intervalle, il perçoit sa pension civile de base, et elle seule.

Ce n'est pas une anomalie de dossier, ni quelque chose qui se négocie. C'est la conséquence mécanique d'un régime dont l'âge de liquidation ne suit pas la date de départ effective.

Ce que ce décalage représente vraiment

Encore faut-il savoir ce qui manque, et la réponse est plus précise qu'il n'y paraît.

Dans le calcul de la pension civile, seul le traitement indiciaire des six derniers mois est retenu. Les primes en sont écartées, à une exception près et elle est de taille pour ce corps : l'indemnité de sujétion spéciale police entre dans l'assiette de la pension. C'est une singularité que peu de métiers publics connaissent. La nouvelle bonification indiciaire, de son côté, n'entre pas dans l'assiette mais ouvre droit à un supplément de pension distinct, calculé selon son montant et sa durée de perception.

Restent toutes les autres primes et indemnités. Celles-là ne produisent de droits qu'au titre de la RAFP, cotisée à hauteur de 10 % sur une assiette plafonnée. Autrement dit : c'est précisément la part de rémunération qui ne remonte que par la RAFP qui reste indisponible pendant la décennie de transition. Le mécanisme général de la RAFP est détaillé dans notre article sur le placement d'un fonctionnaire.

L'ordre de grandeur dépend du grade, de l'échelon et du régime indemnitaire réellement perçu en fin de carrière. Il n'existe pas de chiffre unique, et se méfier de ceux qu'on trouve en ligne est une bonne habitude. La seule évaluation qui vaille se fait sur le relevé individuel de situation.

Un revenu qui ne demande pas d'atteindre un âge

Voilà ce qui rend la question intéressante côté patrimoine.

Les revenus d'un placement immobilier détenu en direct, parts de SCPI comprises, ne dépendent d'aucune condition d'âge de liquidation. Ils sont potentiellement perçus dès la détention des parts, sans lien avec le calendrier des régimes de retraite. C'est exactement la propriété qui manque à la RAFP dans cette configuration.

La logique consiste donc à constituer, pendant la carrière, un capital dimensionné sur l'écart estimé, puis à le laisser produire pendant la période de transition. Les revenus ne sont pas garantis et dépendent de la performance locative du patrimoine détenu par la société de gestion : on parle d'un complément construit, pas d'une rente promise.

Sur la méthode de constitution, rien de spécifique au métier. Un versement régulier étalé sur plusieurs années lisse le prix d'entrée et évite de dépendre d'un apport unique, c'est le principe du versement programmé. Le réinvestissement des dividendes pendant la phase d'activité accélère la constitution, tant que le revenu n'est pas encore nécessaire.

Le calcul complet, avec l'effet du délai de jouissance et de l'horizon de détention, est posé dans notre article SCPI pour préparer sa retraite : le calcul concret.

Quand s'y prendre, et avec quel objectif chiffré

La condition des vingt-sept années donne un repère de calendrier assez confortable : l'âge de départ possible est connu longtemps à l'avance, souvent dès le milieu de carrière.

C'est un avantage réel sur la plupart des trajectoires professionnelles, où la date de fin d'activité reste floue jusqu'au bout. Ici, la cible temporelle est identifiable, donc l'objectif de capital peut se calculer à l'envers : partir du revenu de transition souhaité, en déduire le capital nécessaire, puis répartir l'effort sur les années qui restent.

Deux réserves, et elles comptent. La première : le montant à viser dépend du régime indemnitaire propre à chaque situation, pas d'une moyenne de corps. La seconde : les conditions de départ elles-mêmes ont bougé en 2023 et peuvent bouger encore, donc un plan calé sur une date précise gagne à être révisé tous les quelques années.

Une étude personnalisée avec un consultant permet de poser ces chiffres. Chez un cabinet agréé CIF, ce travail n'est pas un service commercial optionnel : c'est une obligation réglementaire, qui suppose un profil de risque, un test d'adéquation et une recommandation écrite.

Ce que cette stratégie ne règle pas

Autant le dire clairement, parce que le sujet s'y prête aux raccourcis.

La SCPI est un placement en parts de sociétés civiles non cotées. Le capital n'est pas garanti, la valeur des parts varie à la hausse comme à la baisse, les revenus ne sont pas assurés et la revente des parts n'est ni garantie ni immédiate. La durée de placement recommandée est longue, de l'ordre de huit à quinze ans, ce qui suppose de commencer suffisamment tôt avant le départ visé pour ne pas être contraint de vendre au mauvais moment.

Elle ne remplace pas non plus la RAFP : elle couvre un intervalle. Les droits RAFP restent acquis et seront versés le moment venu, en capital ou en rente selon le nombre de points.

Enfin, un revenu foncier est imposable au barème et supporte les prélèvements sociaux, ce qui doit être intégré au calcul du revenu net visé. C'est le genre de détail qui fait l'écart entre un objectif atteint et un objectif manqué d'un quart.

FAQ

Un policier peut-il toucher sa RAFP dès son départ à la retraite ?
Non. La retraite additionnelle de la fonction publique est versée à l'âge légal de départ, soit 62 ans pour la génération 1960 et jusqu'à 64 ans pour les générations nées à partir de 1968, et uniquement après liquidation de la pension de base. Un départ anticipé en catégorie super-active ne l'avance pas.
À quel âge un policier de la police nationale peut-il partir à la retraite ?
L'âge d'ouverture des droits en catégorie super-active se situe entre 52 et 54 ans, avec un relèvement progressif issu de la réforme du 14 avril 2023 pour les générations nées à partir de 1967. Il faut également justifier de vingt-sept années de services super-actifs.
Quelles primes comptent dans la pension d'un policier ?
L'indemnité de sujétion spéciale police est intégrée à l'assiette de la pension civile, ce qui constitue une particularité du corps. La nouvelle bonification indiciaire ouvre droit à un supplément de pension distinct. Les autres primes et indemnités ne génèrent des droits qu'au titre de la RAFP.
Qu'est-ce que la bonification du cinquième ?
Elle accorde une annuité supplémentaire par période de cinq ans de services actifs, dans la limite de cinq annuités, soit un plafond atteint après vingt-cinq ans de services. Ces annuités comptent dans le calcul de la pension et donnent lieu à une cotisation supplémentaire.
Faut-il commencer tôt pour construire ce revenu de transition ?
Oui, pour deux raisons. La durée de placement recommandée en SCPI est longue, de l'ordre de huit à quinze ans, et un effort étalé sur plusieurs années évite de dépendre d'un apport unique. La condition des vingt-sept années de services permet justement d'identifier la date cible bien avant l'échéance.

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