La question revient à chaque poussée d'inquiétude sur la dette publique ou la solidité du système financier. Faut-il retirer son argent de la banque, et le mettre ailleurs ?
Avant d'y répondre, il faut savoir ce que la loi garantit déjà. Le cadre existe, il est chiffré, et il est nettement plus protecteur que ce que laissent entendre la plupart des discours qui circulent en ligne. Voici ce qu'il couvre, ce qu'il ne couvre pas, et où se situe réellement la question utile.
L'argent déposé en banque est-il garanti en France ?
Oui, jusqu'à 100 000 € par déposant et par établissement agréé par l'ACPR, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Ce plafond, fixé par la loi du 25 juin 1999 et géré par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution, couvre l'ensemble des comptes de dépôt détenus dans une même banque, quel que soit leur nombre.
Le Livret A, le LDDS et le LEP relèvent d'un mécanisme différent : ils bénéficient d'une garantie propre de l'État, et leurs encours ne sont pas décomptés du plafond de 100 000 €. Les deux protections se cumulent donc. Concrètement, un compte courant approvisionné à 100 000 € et un Livret A au plafond de 22 950 € dans le même établissement restent intégralement couverts.
En cas de défaillance, le FGDR met l'indemnisation à disposition dans un délai maximal de 7 jours ouvrables, hors dossiers complexes.
Deux choses échappent en revanche à ce dispositif. L'assurance-vie relève d'un fonds distinct, le FGAP, plafonné à 70 000 € par assuré et par compagnie. Les parts de SCPI, elles, ne sont couvertes par aucune garantie de ce type : ce ne sont pas des dépôts, et nous y revenons plus bas.
Que se passe-t-il si une banque française fait faillite ?
Le scénario est rare, et les chiffres le disent mieux qu'un raisonnement. Depuis sa création en 1999, le FGDR n'est intervenu que quatre fois, à chaque fois pour des établissements de taille limitée : le Crédit Martiniquais et Mutua Équipement en 1999, EGP en 2010, Dubus SA en 2013. Aucune banque de réseau grand public n'a fait l'objet d'une indemnisation en vingt-cinq ans.
Le fonds disposait fin 2025 de 7,745 milliards d'euros de fonds propres mobilisables, financés par les cotisations des banques adhérentes, l'adhésion étant une condition d'exercice imposée par l'ACPR.
Ce montant appelle une lecture honnête. Il représente environ 0,5 % du total des dépôts bancaires en France. C'est un mécanisme de garantie dimensionné pour absorber la défaillance d'un établissement, pas une couverture proportionnelle de l'ensemble des dépôts du pays. En pratique, il n'a jamais été sollicité au-delà de cas isolés, et il s'inscrit dans un dispositif prudentiel plus large.
Pourquoi la Banque de France parle-t-elle d'un risque comparable aux subprimes ?
Le 24 juin 2026, lors de la présentation du rapport de stabilité financière, Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France, a rapproché le volume du marché mondial du crédit privé, de l'ordre de 1 500 milliards de dollars, de celui des subprimes américains avant 2008. Le point de vigilance porte sur l'opacité de la valorisation de ce marché et sur la difficulté à savoir qui détient quoi.
Cette comparaison est régulièrement citée sans la nuance qui l'accompagnait, et cette nuance change pourtant la portée du propos. L'économie mondiale ayant considérablement grossi en vingt ans, la taille relative du crédit privé est aujourd'hui plus petite que ne l'était celle des subprimes. Ces derniers reposaient en outre sur des prêts immobiliers accordés en masse à des ménages modestes peu solvables, ce qui n'est pas la structure du marché actuel.
Le rapport relève par ailleurs une possible dégradation des conditions de financement souverain, dans un contexte d'OAT à 10 ans repassée au-dessus de 4 % à la mi-août 2026, un niveau plus observé depuis 2008-2009.
Reste l'essentiel pour un épargnant : ce constat porte sur un segment précis de la finance de marché, le crédit privé non coté. Il ne porte pas sur la solidité des dépôts bancaires classiques garantis par le FGDR. Les deux sujets partagent un contexte macroéconomique, ils ne s'équivalent pas juridiquement.
Le Livret A protège-t-il le pouvoir d'achat de l'épargne ?
Partiellement, et c'est là que se situe la vraie question.
Le taux du Livret A est passé de 1,50 % à 1,70 % au 1er août 2026, décidé par le ministre de l'Économie sur proposition du gouverneur de la Banque de France. C'est sa première hausse depuis 2023, après une série de baisses qui l'avaient ramené de 3 % à 1,50 %. Le LEP reste à 2,50 % pour les foyers éligibles.
Avec une inflation qui évolue autour de 1,6 % à 2 % sur la période, le rendement réel du Livret A reste proche de zéro. Les épargnants l'ont perçu avant même la hausse : au premier semestre 2026, le Livret A a enregistré 5,93 milliards d'euros de décollecte nette et le LDDS 960 millions, soit près de 6,9 milliards sortis des deux livrets en six mois.
Le capital, lui, reste garanti par l'État. La question n'est donc pas la sécurité du Livret A. Elle est son rendement, structurellement inférieur à celui d'un placement de long terme, et c'est un arbitrage différent. Nous l'avons traité en détail dans où placer son argent en 2026.
Quelle différence entre un dépôt bancaire et une part de SCPI ?
Ce sont deux natures d'actifs qu'on ne compare pas terme à terme.
Un dépôt bancaire est une créance sur la banque, garantie en capital jusqu'à 100 000 €, disponible immédiatement. Une part de SCPI est une part de société civile de placement immobilier, dont la valeur suit le marché de l'immobilier professionnel. Elle n'est pas garantie en capital, sa revente dépend de l'équilibre entre les demandes de retrait et la collecte, et sa performance peut être négative. Elle l'a été : en 2025, le prix moyen des parts a reculé de 3,45 % sur l'ensemble du marché selon l'ASPIM et l'IEIF, et certains fonds dont la variabilité du capital a été suspendue ont vu leur prix d'exécution sur le marché secondaire s'établir très en dessous de leur dernier prix de souscription.
| Critère | Dépôt bancaire / Livret A | Part de SCPI |
|---|---|---|
| Garantie en capital | Oui, jusqu'à 100 000 € (FGDR ou État) | Non |
| Disponibilité | Immédiate | Plusieurs semaines à plusieurs mois |
| Rendement 2025-2026 | 1,70 % (Livret A) à 2,50 % (LEP) | 4,91 % de taux de distribution moyen (ASPIM/IEIF, 2025) |
| Rendement réel net d'inflation | Proche de zéro | Variable selon le fonds |
| Fiscalité | Exonérée sur les livrets réglementés | Revenus fonciers, impôt sur le revenu et prélèvements sociaux |
| Horizon | Épargne de précaution, court terme | Long terme, 8 à 10 ans minimum |
| Régulateur | ACPR, FGDR | AMF |
Présenter la SCPI comme une alternative « sans risque » au compte bancaire serait factuellement inexact, et contraire à la réglementation sur les communications à caractère promotionnel.
Une SCPI est-elle un refuge en cas de crise bancaire ?
Non, et il faut le dire clairement parce que le contraire se lit souvent.
Une SCPI n'est pas extérieure au système financier. Sa société de gestion est agréée par l'AMF, elle place ses liquidités auprès de banques dépositaires, elles-mêmes soumises aux règles prudentielles. Dans une tension systémique généralisée, aucun placement financier ne serait totalement isolé.
La différence entre une SCPI et un compte bancaire n'est donc pas une différence de sécurité face aux banques. C'est une différence de nature de risque : d'un côté un risque de contrepartie plafonné et garanti, de l'autre un risque de marché immobilier et de liquidité. Les deux se détiennent pour des raisons différentes, l'un à côté de l'autre et non l'un à la place de l'autre.
La question utile : comment répartir, et combien garder disponible
À la place de « faut-il sortir des banques », la question qui produit une décision est celle de la répartition. Une allocation cohérente distingue trois strates.
- L'épargne de précaution, immédiatement disponible : compte courant, Livret A, LDDS. C'est la première à constituer, et elle n'a pas vocation à rapporter.
- Une épargne de moyen terme, diversifiée, mobilisable sans contrainte forte.
- Un capital de long terme, dont l'horizon dépasse huit à dix ans : SCPI, assurance-vie en unités de compte, marchés actions.
Sur le montant à garder disponible, il n'existe pas de règle légale. L'usage retient l'équivalent de trois à six mois de charges courantes avant d'orienter le surplus vers des supports plus longs. Ce seuil n'a rien à voir avec le plafond de 100 000 €. Répartir ses avoirs entre plusieurs établissements peut d'ailleurs se justifier bien avant d'atteindre ce montant, pour de simples raisons opérationnelles : un compte temporairement bloqué, une fraude à traiter.
Le taux de distribution moyen de 4,91 % des SCPI en 2025 ne concurrence pas le Livret A. Il rémunère un risque et une immobilisation de capital qui n'ont rien de comparables. Objectiver cette répartition au regard d'une situation patrimoniale relève du conseiller en investissements financiers, inscrit à l'ORIAS et adhérent d'une association agréée par l'AMF. C'est ce que font nos consultants, et l'échange est gratuit.
Sortir son argent des banques n'est donc ni une protection contre un risque avéré, ni une stratégie soutenue par le cadre réglementaire, qui garantit déjà les dépôts jusqu'à 100 000 €. La question porte sur le capital qui dépasse les besoins de liquidité immédiate. C'est à ce niveau, et pas comme substitut au compte bancaire, que les SCPI ont une place à discuter.
FAQ
Mon argent est-il garanti si ma banque fait faillite ?
Le FGDR est-il déjà intervenu en France ?
L'assurance-vie est-elle garantie comme un compte bancaire ?
Les parts de SCPI sont-elles garanties ?
Une SCPI protège-t-elle d'une crise bancaire ?
Combien faut-il garder sur son compte bancaire ?

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