Un héritage n'est pas une somme disponible le jour du décès. Entre l'ouverture de la succession et le versement effectif des fonds, plusieurs mois s'écoulent. Parfois plus d'un an. Et l'argent n'arrive pas en une fois : l'assurance-vie d'abord, les comptes bancaires ensuite, le produit d'un bien immobilier en dernier.
Nous avons déjà traité la question « où placer un héritage », et ce n'est pas l'objet de ces lignes. La question ici est celle du calendrier : à quel rythme l'argent devient-il réellement disponible, ce qui change en 2026 sur les frais bancaires, et comment caler un investissement en SCPI sur ce rythme plutôt que sur une date théorique.
Combien de temps pour toucher réellement l'argent d'un héritage
Deux délais légaux encadrent le départ. Le Code civil, à l'article 771, laisse quatre mois aux héritiers pour accepter ou renoncer à la succession ; personne ne peut les y contraindre avant. Le Code général des impôts, à l'article 641, impose ensuite le dépôt de la déclaration de succession dans les six mois du décès, sous peine d'intérêts de retard.
En pratique, les offices notariaux donnent les ordres de grandeur suivants. Une succession simple, sans bien immobilier et sans désaccord, se règle en trois à six mois. Dès qu'un immeuble entre dans l'actif, il faut établir une attestation immobilière puis, si les héritiers ne le conservent pas, le vendre : le dossier passe souvent au-delà d'un an. En cas de mésentente entre héritiers, la phase judiciaire peut porter le règlement à plusieurs années.
Le calendrier réel dépend donc de la composition du patrimoine transmis. Pas de son montant.
Le capital qui dort pendant le règlement
Entre le décès et le versement, les sommes héritées ne sont pas perdues. Mais elles ne travaillent pas non plus. Les comptes du défunt sont bloqués dès que la banque est informée ; nous avons détaillé ce que deviennent le compte courant, les loyers et les revenus SCPI du défunt. Une seule exception immédiate : les frais d'obsèques, que la banque peut régler sur présentation de la facture, dans la limite de 5 965 € en 2026.
Le reste attend l'acte de notoriété, puis, le plus souvent, le règlement des droits. Pendant cette période, qui peut durer plusieurs mois, ces sommes ne produisent rien. C'est un coût d'opportunité rarement chiffré. Sur 200 000 € immobilisés douze mois, un placement à 2 % aurait rapporté 4 000 € ; à 4,91 %, taux de distribution moyen des SCPI en 2025 selon l'ASPIM, non garanti et sans préjuger des performances futures, près de 10 000 €. Vous ne pouvez pas accélérer le notaire. Vous pouvez en revanche cesser de raisonner comme si le capital était disponible et investissable le jour du décès.
Un déblocage en plusieurs temps, pas un virement unique
Tous les actifs d'une succession ne se libèrent pas au même rythme.
| Actif | Circuit | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Assurance-vie avec bénéficiaire désigné | Hors succession (art. L. 132-12 C. assur.) ; l'assureur règle dans le mois suivant la réception des pièces | Quelques semaines |
| Comptes bancaires, livrets | Bloqués au décès, débloqués par le notaire, parfois en deux temps | 3 à 6 mois si le dossier est simple |
| Parts de SCPI du défunt | Transmises aux héritiers ; les dividendes sont suspendus jusqu'à la mise à jour du registre | Calé sur le dossier notarial |
| Bien immobilier à vendre | Attestation immobilière, puis mise en vente et acte | Souvent plus d'un an |
L'assurance-vie échappe au règlement successoral : sur simple production de l'acte de décès et des justificatifs, les capitaux sont versés indépendamment de l'avancement du dossier notarial. Les comptes bancaires suivent le calendrier du notaire. Les biens immobiliers, eux, ne deviennent des liquidités qu'après la vente.
Pour un héritier qui souhaite se constituer un complément de revenu en parts de SCPI, cela signifie une chose simple. L'argent arrive en plusieurs vagues, et non sous forme d'un capital unique à une date donnée. C'est un paramètre que les stratégies d'allocation proposées par défaut intègrent rarement.
Versement unique ou échelonné : la question mal posée
On oppose souvent l'investissement en une fois et l'investissement progressif comme deux stratégies au choix, motivées par le lissage du prix de part ou par la discipline d'épargne. Le calendrier réel de succession déplace la question. L'échelonnement n'est pas toujours une option : il est parfois la seule réalité disponible, dès lors que l'assurance-vie arrive en premier, les comptes en second et la vente d'un bien en dernier.
Investir la totalité « au moment de la réception », sans tenir compte de ces vagues, expose à deux erreurs. Bloquer dans l'urgence, plusieurs mois plus tard, des sommes débloquées tardivement. Ou, à l'inverse, laisser dormir la première vague en attendant les suivantes, par souci de tout placer d'un coup.
Anticiper le calendrier propre à chaque actif permet au contraire de caler les versements en SCPI sur la disponibilité réelle des fonds : un premier investissement sur les capitaux d'assurance-vie, un deuxième au déblocage des comptes, un troisième après la vente de l'immeuble s'il y en a un. Chaque souscription a alors son propre délai de jouissance, de trois à six mois selon la SCPI, et son propre point d'entrée ; toutes s'inscrivent dans le même horizon long, huit à dix ans au minimum, qui est celui de ce placement. Pour les héritiers qui préfèrent lisser encore davantage, le versement programmé prend le relais sur la partie non encore investie.
Et si vous héritez de parts de SCPI plutôt que de liquidités, la question devient celle de leur conservation ou de leur arbitrage. Nous l'avons traitée dans notre guide sur la transmission des SCPI.
Le plafond des frais bancaires de succession, et ce qu'il en reste en 2026
Depuis le 13 novembre 2025, les frais que votre banque peut prélever pour traiter une succession sont plafonnés. C'est la loi du 13 mai 2025 visant à réduire et à encadrer les frais bancaires sur succession, et son décret d'application du 13 août 2025 : 1 % du montant total des soldes des comptes et produits d'épargne du défunt, dans la limite d'un montant fixé à 850 € en 2025 et revalorisé chaque 1er janvier. Il est de 857 € en 2026.
La loi prévoyait aussi trois cas de gratuité obligatoire : les comptes des défunts mineurs, les successions dont les avoirs restaient sous un seuil (5 965 € en 2026) et les dossiers simples. Le Conseil constitutionnel les a censurés le 19 juin 2026, au nom de la liberté d'entreprendre. Depuis, aucune succession n'est garantie sans frais ; seul le double plafond, 1 % et 857 €, reste applicable, et il s'apprécie banque par banque.
Cette règle ne concerne que les frais de traitement de l'établissement teneur de compte. Ni les honoraires du notaire, ni les droits de succession eux-mêmes, calculés selon le barème progressif après l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant en ligne directe, renouvelable tous les quinze ans. Pour un héritier, c'est un peu moins d'érosion du capital avant même qu'il soit question de l'investir. Sur un compte de 40 000 €, les frais ne peuvent excéder 400 € ; sur 150 000 €, ils sont plafonnés à 857 €.
Une fenêtre avant le budget 2027
Le projet de loi de finances pour 2027 doit être présenté en conseil des ministres le 30 septembre 2026, avant l'examen parlementaire de l'automne. Au 21 septembre, il ne l'est pas encore. Le Premier ministre a annoncé un effort budgétaire d'environ 54 milliards d'euros « dans la stabilité fiscale », sans hausse d'impôt.
La transmission y figure pourtant. Une note de travail intitulée « Transmissions 2027 », révélée par Le Monde le 12 septembre, étudie plusieurs pistes : porter le don familial de sommes d'argent de 31 865 € à 50 000 €, ou appliquer un taux forfaitaire de 6 % sur une tranche de 100 000 € de donation, à la place du barème progressif. Ce sont des pistes, présentées comme temporaires et soumises au Parlement. Rien n'est arbitré, encore moins voté. En arrière-plan, la Cour des comptes recommande depuis son rapport de septembre 2024 une réforme à rendement constant, qui resserrerait les régimes dérogatoires plutôt que d'alléger l'ensemble.
Pour un héritier qui structure aujourd'hui le placement de son capital, le cadre est donc celui que l'on connaît : barème et abattements inchangés. Cette stabilité n'est pas garantie pour les mois qui viennent. Elle est en revanche connue.
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Ce qu'il faut retenir
- Quatre mois pour opter, six mois pour déclarer ; en pratique, trois à six mois pour une succession simple, plus d'un an dès qu'un immeuble doit être vendu, plusieurs années en cas de conflit.
- L'argent arrive en vagues : assurance-vie en quelques semaines, comptes bancaires avec le notaire, immobilier après la vente.
- Pendant ce temps, le capital ne produit rien : c'est le coût d'opportunité que la plupart des raisonnements « où placer » ignorent.
- Calez les souscriptions SCPI sur chaque vague plutôt que sur une date théorique ; chaque souscription a son délai de jouissance, et les parts comportent un risque de perte en capital et un risque de liquidité.
- Frais bancaires de succession plafonnés à 1 % et 857 € en 2026 (depuis le 13 novembre 2025) ; la gratuité prévue par la loi a été censurée le 19 juin 2026.
- Budget 2027 : présentation prévue le 30 septembre, pistes sur les donations non arbitrées ; le cadre actuel reste connu.
FAQ
Peut-on investir en SCPI avant que la succession soit réglée ?
Les frais bancaires de succession sont-ils plafonnés par banque ou au total ?
Que deviennent les parts de SCPI du défunt pendant la succession ?
Le budget 2027 va-t-il modifier les droits de succession ?
Vaut-il mieux tout placer d'un coup ou échelonner un héritage en SCPI ?

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