Une partie des épargnants de 65 ans et plus ne fait plus rien de son capital. Ni investissement, ni arbitrage, ni rendez-vous. Ce comportement porte un nom, l'attentisme, et il a un coût qu'on chiffre rarement dans les contenus qui s'adressent à cette tranche d'âge.
Cet article ne compare pas des produits. Il regarde trois choses : pourquoi tant de seniors n'investissent plus, ce que cette prudence leur coûte vraiment, et à quelles conditions il reste pertinent d'agir.
Pourquoi une partie des seniors n'investit plus son épargne
Le baromètre 2026 de l'épargne, réalisé par l'Ifop pour Altaprofits, donne un chiffre net : 13 % des Français laissent désormais la totalité de leur épargne sur un compte courant. Ils étaient 6 % deux ans plus tôt. La proportion a plus que doublé, et elle est plus marquée encore chez les 65 ans et plus.
Ce choix n'a rien d'irrationnel. À cet âge, l'épargne sert d'abord à absorber un imprévu : une dépense de santé, une perte d'autonomie, un coup de main à un enfant. La disponibilité immédiate prime alors sur le rendement, et c'est parfaitement cohérent.
Reste une donnée qui change la lecture. Selon Rexecode, près des deux tiers de la hausse du taux d'épargne des ménages français depuis 2019 proviennent des foyers de plus de 65 ans. L'Insee mesure une contribution du même ordre sur la période récente. Le problème n'est donc pas un manque de capital disponible. C'est une accumulation de capital inactif, par prudence bien plus que par absence de solutions.
70 ans, est-ce vraiment trop tard pour investir ?
La réponse dépend de l'objectif, pas de l'âge. Et l'objectif, lui, se décline en trois cas qui n'ont presque rien à voir entre eux.
Si vous cherchez un complément de revenu immédiat, c'est l'horizon qui compte, pas la date de naissance. Un placement qui demande huit à dix ans pour trouver son équilibre garde du sens à 70 ans, à condition que vos besoins de trésorerie à court terme soient déjà couverts par ailleurs.
Si vous pensez transmission, l'âge de l'investisseur pèse assez peu. C'est la structure juridique retenue qui fait la différence : pleine propriété, ou démembrement. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur le démembrement de parts de SCPI.
Si votre objectif est la seule sécurisation du capital, alors un support liquide et garanti reste effectivement préférable à un placement long. Ce n'est pas un renoncement, c'est la bonne réponse à cette question-là.
« Trop tard » est une généralisation qui ne résiste pas à l'examen objectif par objectif.
Ce que rapporte un Livret A en 2026, et ce que coûte l'attente
Depuis le 1er août 2026, le Livret A est rémunéré à 1,70 %, contre 1,50 % sur la première partie de l'année. Le LEP, pour les foyers éligibles, sert 2,50 %.
Ces taux remplissent parfaitement leur fonction sur une épargne de précaution. Ils la remplissent beaucoup moins bien sur un capital immobilisé plusieurs années au-delà de ce que le besoin réel justifie, puisqu'ils restent inférieurs à l'inflation constatée sur la période. Le rendement réel devient alors négatif, lentement, sans que rien ne le signale sur le relevé.
Pour situer l'écart, sans en faire une promesse : le taux de distribution moyen du marché des SCPI s'est établi à 4,91 % en 2025 selon l'ASPIM et l'IEIF. Ce chiffre est une moyenne de marché, il n'est pas garanti, et il s'accompagne d'un risque que la section suivante détaille sans détour. Il objective simplement l'ordre de grandeur du coût d'opportunité.
Nous avons consacré une analyse complète à ce réflexe dans les Français font-ils une erreur avec leur Livret A, et un guide à la question où placer son argent quand le Livret A est plein.
SCPI après 65 ans : les deux risques à regarder en face
Présenter la SCPI comme une solution homogène « pour les seniors » escamote deux risques que la prudence de cette tranche d'âge rend justement centraux.
Le capital n'est pas garanti. En 2025, le prix moyen des parts a reculé de 3,45 % sur l'ensemble du marché selon l'ASPIM et l'IEIF, et certaines SCPI ont connu des baisses nettement plus marquées. Ce n'est pas un scénario théorique, c'est ce qui s'est produit.
La revente n'est pas immédiate. Le délai dépend de l'équilibre entre les demandes de retrait et la collecte, et il peut s'allonger. C'est le point qui entre le plus directement en tension avec un besoin de liquidité rapide en cas d'aléa de santé, précisément la priorité que l'Insee identifie pour cette classe d'âge.
Un contenu qui recommande la SCPI à un profil senior sans poser ces deux points ne répond pas à l'objection réelle de cette audience. Nous préférons la poser. Elle conditionne la part du capital qu'il est raisonnable d'engager, et cette part n'est jamais la totalité.
Le démembrement temporaire : une réponse de structure, pas un produit miracle
Une partie de la tension entre prudence et immobilisme se résout dans la structure du placement plutôt que dans le choix du produit.
Acquérir des parts de SCPI en démembrement temporaire, en nue-propriété ou en usufruit, permet de dissocier l'objectif poursuivi du besoin de liquidité immédiate. La nue-propriété s'achète avec une décote, ne produit aucun revenu pendant la durée du démembrement, et sort de l'assiette de l'impôt sur la fortune immobilière pendant cette période. L'usufruit, lui, produit du revenu sur une durée connue d'avance.
Ce mécanisme ne supprime aucun des deux risques décrits plus haut. Il en change la portée pour un profil dont l'horizon et les objectifs diffèrent de ceux d'un investisseur en phase d'accumulation. Le détail du fonctionnement, des clés de répartition et des durées se trouve dans nos articles dédiés : le démembrement expliqué et comment en choisir la durée.
Trois questions avant de sortir de l'attentisme
Sortir de l'attentisme n'est pas un objectif en soi. L'inaction a un coût, la précipitation aussi, et la seconde se répare moins bien que la première.
- Quel est l'horizon réel du besoin ? Un revenu à court terme, une transmission à long terme et une réserve de précaution appellent trois réponses différentes. Les confondre est l'erreur la plus fréquente.
- Quelle part du capital doit rester disponible sans délai ? C'est le besoin que l'Insee identifie comme prioritaire à cet âge. Il se chiffre, et ce chiffre n'est presque jamais la totalité de l'épargne.
- Le placement envisagé correspond-il à une structure adaptée à cet horizon, ou seulement à un produit standard reconditionné pour « les seniors » ?
Ces questions ne remplacent pas un accompagnement individualisé. Une recommandation personnalisée relève du conseiller en investissements financiers, seul habilité à la formuler au regard d'une situation patrimoniale complète. Nos consultants prennent le temps de faire ce point avec vous, et l'échange est gratuit : il est financé par les sociétés de gestion, pas par vous.
L'attentisme n'est ni irrationnel ni sans coût. Les chiffres 2026 décrivent une génération qui accumule une réserve de précaution légitime, tout en subissant un rendement réel négatif sur la part qui reste inactive bien au-delà de ce besoin. La vraie question n'est donc pas « faut-il investir à tout âge ». Elle est plus simple : quelle part de ce capital n'a, concrètement, plus besoin d'attendre.
FAQ
Est-il trop tard pour investir en SCPI à 70 ans ?
Combien rapporte un Livret A en 2026 ?
Quel est le rendement moyen des SCPI en 2025 ?
Quels sont les risques d'une SCPI pour un investisseur senior ?
Pourquoi les seniors laissent-ils leur argent sur un compte courant ?

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