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Investir quand on est militaire : préparer sa reconversion avec un revenu complémentaire

Par Grégorie Moulinier, Conseiller en Investissements Financiers ·

Bon à savoir
Investir quand on est militaire : préparer sa reconversion avec un revenu complémentaire
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Un sous-officier peut liquider sa pension après dix-sept ans de services. Un officier de carrière après vingt-sept. Dans les deux cas, la pension tombe tout de suite, et la vie active continue.

C'est une configuration que presque personne d'autre ne connaît en France : toucher une retraite à quarante ans et chercher un emploi le mois suivant. Elle ouvre une possibilité que la plupart des militaires n'exploitent pas, et crée une période de flottement que beaucoup traversent sans filet. Voici comment fonctionne le régime, et ce qu'on peut construire en face pendant les années de service.

À quel âge un militaire part-il vraiment ?

La pension militaire à jouissance immédiate, c'est-à-dire versée sans délai dès la radiation des contrôles, s'ouvre sur une condition de durée de services plutôt que d'âge.

Il faut dix-sept années de services effectifs pour un sous-officier ou un militaire du rang, vingt-sept années pour un officier de carrière, vingt ans de contrat pour un officier sous contrat. La réforme du 14 avril 2023 n'a pas touché à ces seuils. Elle a modifié les conditions applicables aux pensions différées, pas celles de la jouissance immédiate, et le législateur a explicitement maintenu l'architecture propre à l'état militaire au titre des sujétions du métier.

Dans les faits, l'écart avec le civil est considérable. Le ministère des Armées publie les âges moyens de liquidation : en 2023, 43 ans et 4 mois pour les militaires du rang, 46 ans et 6 mois pour les sous-officiers, 55 ans pour les officiers. À comparer aux 62 à 64 ans applicables à un fonctionnaire civil sédentaire selon sa génération.

Un militaire du rang qui part au terme de ses dix-sept ans a donc, statistiquement, une vingtaine d'années d'activité professionnelle devant lui. C'est moins une retraite qu'un changement de métier financé.

Ce que la pension retient, et ce qu'elle laisse de côté

Le calcul suit la même logique que pour un fonctionnaire civil : la solde indiciaire des six derniers mois de service, primes exclues.

Le taux maximal de liquidation est de 75 %, et les bonifications peuvent le porter jusqu'à 80 %. La plus connue est la bonification du cinquième : une annuité supplémentaire par tranche de cinq ans de services, dans la limite de cinq annuités, à condition de justifier d'au moins dix-sept ans de services militaires effectifs. S'y ajoutent les bénéfices de campagne, ainsi que les coefficients propres aux services aériens et sous-marins.

Reste le point aveugle. Les indemnités liées à la mobilité, aux opérations, à l'éloignement ne comptent pas dans cette assiette. Elles ne produisent des droits qu'au titre de la retraite additionnelle de la fonction publique, dont l'assiette est plafonnée à 20 % du traitement indiciaire brut annuel. Le mécanisme de la RAFP, son plafond et son âge de versement sont détaillés dans notre article sur le placement d'un fonctionnaire. Le décalage entre un départ anticipé et le versement effectif de la RAFP est traité à part, sur le cas du policier en catégorie super-active.

Autrement dit : plus la carrière a été indemnitaire, plus l'écart entre la solde perçue en activité et la pension liquidée est marqué.

Le vrai avantage, et il est rarement exploité

Voilà le point qui distingue le statut militaire de tous les autres, y compris des catégories actives de la fonction publique civile.

La pension militaire se cumule intégralement, sans plafond ni écrêtement, avec une rémunération du secteur privé. Pas de condition d'âge, pas de seuil de revenus, pas de démarche particulière. Un adjudant qui quitte l'armée à 44 ans et signe le lendemain dans une entreprise perçoit sa pension et son salaire, en totalité.

La restriction existe, mais elle est ailleurs : elle vise la reprise d'activité chez un employeur public. Là, un mécanisme d'écrêtement s'applique dès que la rémunération dépasse le tiers du montant brut de la pension. Les sous-officiers et militaires du rang totalisant moins de vingt-cinq ans de services y échappent eux-mêmes. Ces règles figurent aux articles L. 84 et suivants du code des pensions civiles et militaires de retraite.

Ce que cela change concrètement : pendant la seconde carrière, le budget d'un ancien militaire encaisse deux flux. La question patrimoniale n'est donc pas « comment survivre à la baisse de revenus », mais « que faire de la capacité d'épargne que ce cumul dégage ». Ce sont deux problèmes très différents, et le second est nettement plus confortable.

La reconversion, cette parenthèse où le revenu devient irrégulier

Le cumul suppose évidemment qu'un emploi civil ait été trouvé. Entre la radiation des contrôles et un poste stable, il y a souvent un délai.

Recherche d'emploi, formation, parfois création d'activité : la période de transition dure rarement quinze jours. Pendant ce temps, la pension seule tient le budget, et elle représente une fraction de la solde antérieure, primes comprises. C'est précisément là qu'un revenu construit à l'avance change la nature de la période. Il ne s'agit pas de vivre de ses placements, mais de ne pas être contraint d'accepter le premier poste venu par pression financière.

Un point mérite d'être dit franchement : ce complément dépend de la performance du placement et n'est pas garanti. Il réduit une pression, il ne supprime pas un risque. Et il ne remplace pas l'analyse de la situation professionnelle et patrimoniale au moment du départ, qui est individuelle par nature.

Mutations et projections : pourquoi le locatif en direct coince

L'immobilier locatif détenu en direct est le réflexe le plus répandu chez les militaires. Il se heurte pourtant frontalement au rythme des affectations.

Recherche de locataire, états des lieux, devis de travaux, relances d'impayés : tout cela suppose d'être joignable, souvent disponible, parfois présent. Une mutation à l'autre bout du pays complique la chose. Une projection en opération extérieure la rend impossible pendant plusieurs mois, sans possibilité d'anticiper précisément la date de retour.

Des parts de SCPI ne posent pas ce problème. La gestion locative est assurée par une société de gestion agréée par l'AMF, et le porteur de parts n'intervient à aucun moment dans l'exploitation du patrimoine. La détention ne demande aucune présence, aucune décision urgente, aucune adresse stable. Sur ce seul critère de compatibilité avec le métier, l'écart avec le locatif en direct est net.

C'est aussi ce qui rend la formule pertinente pour les profils dont le revenu ou la disponibilité varient, une logique qu'on retrouve chez les freelances et professions libérales, avec des contraintes inverses.

Construire ce capital pendant les années de service

La solde comporte des indemnités liées à la mobilité, aux opérations et à l'éloignement, qui arrivent par à-coups plutôt qu'en flux régulier. Cette irrégularité est une bonne raison de ne pas attendre d'avoir « une somme » pour commencer.

Un versement régulier, étalé sur plusieurs années, lisse le prix d'entrée et évite de dépendre d'un apport unique tombé au mauvais moment. C'est le principe du versement programmé. Tant que le revenu complémentaire n'est pas nécessaire, le réinvestissement des dividendes accélère la constitution du capital.

L'avantage de calendrier est réel et peu de professions l'ont. La date de départ possible se déduit de la durée de services, donc elle est connue longtemps à l'avance. L'objectif de capital peut se calculer à l'envers : partir du revenu de transition souhaité, en déduire le capital nécessaire, répartir l'effort sur les années restantes.

Le choix des supports vient après, une fois l'objectif posé : nos critères de sélection sont détaillés dans choisir vos SCPI. Le dimensionnement, lui, dépend du grade, de la durée de services visée et du projet professionnel envisagé après l'armée. Il ne se généralise pas. Une étude personnalisée avec un consultant permet de poser ces chiffres. Chez un cabinet agréé CIF, ce travail n'est pas une option commerciale : c'est une obligation réglementaire, avec profil de risque, test d'adéquation et recommandation écrite.

Ce que cette stratégie ne règle pas

Le sujet se prête aux raccourcis, autant poser les limites.

La SCPI est un placement en parts de sociétés civiles non cotées. Le capital n'est pas garanti, la valeur des parts varie à la hausse comme à la baisse, les revenus ne sont pas assurés et la revente des parts n'est ni garantie ni immédiate. La durée de placement recommandée est longue, de l'ordre de huit à quinze ans. Cette durée est le vrai point d'attention pour un militaire : elle suppose d'engager la constitution du capital plusieurs années avant la date de départ envisagée, sinon la phase de transition arrive avant que le placement ait eu le temps de travailler.

Les revenus fonciers sont par ailleurs imposables au barème et supportent les prélèvements sociaux. C'est le genre de détail qui creuse l'écart entre un objectif net atteint et un objectif manqué d'un quart.

Enfin, rien de tout cela ne remplace la pension, ni les droits RAFP acquis. Il s'agit d'un complément qui couvre une période, pas d'une substitution.

FAQ

À partir de combien d'années de services un militaire touche-t-il sa pension ?
La pension à jouissance immédiate s'ouvre après dix-sept années de services effectifs pour un sous-officier ou un militaire du rang, vingt-sept années pour un officier de carrière, et vingt ans de contrat pour un officier sous contrat. La réforme du 14 avril 2023 n'a pas modifié ces seuils.
Peut-on cumuler une pension militaire avec un salaire du privé ?
Oui, intégralement et sans plafond. Le cumul est libre avec un employeur privé. Un mécanisme d'écrêtement ne s'applique qu'en cas de reprise d'activité chez un employeur public, au-delà du tiers du montant brut de la pension, et les sous-officiers et militaires du rang totalisant moins de vingt-cinq ans de services en sont eux-mêmes dispensés.
À quel âge partent les militaires en moyenne ?
Selon les statistiques du ministère des Armées pour 2023, l'âge moyen de liquidation est de 43 ans et 4 mois pour les militaires du rang, 46 ans et 6 mois pour les sous-officiers, et 55 ans pour les officiers.
Les primes des militaires comptent-elles dans la pension ?
Non. La pension est calculée sur la solde indiciaire des six derniers mois de service, primes exclues. Les indemnités ne produisent des droits qu'au titre de la retraite additionnelle de la fonction publique, dont l'assiette est plafonnée à 20 % du traitement indiciaire brut annuel.
Pourquoi la SCPI plutôt qu'un investissement locatif en direct pour un militaire ?
Parce que la gestion locative est assurée par la société de gestion et ne demande aucune intervention du porteur de parts. Les mutations fréquentes et les projections en opération extérieure rendent difficile le suivi d'un bien détenu en direct, qui suppose d'être disponible et souvent présent.

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