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PER à la retraite : sortie en capital ou en rente ? Ce que change la suspension de la réforme 2026

Par Grégorie Moulinier, Conseiller en Investissements Financiers ·

Bon à savoir
PER à la retraite : sortie en capital ou en rente ? Ce que change la suspension de la réforme 2026
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L'article 105 de la loi n°2025-1403 du 30 décembre 2025 suspend le calendrier de la réforme des retraites de 2023 : les générations 1964 à 1968 gagnent trois mois sur l'âge légal, et jusqu'à deux trimestres pour les plus concernées. Environ 64 000 personnes pourraient partir plus tôt dès cette année. Si votre simulation de sortie de PER date d'avant décembre 2025, elle repose sur un calendrier caduc. Et la décision, capital ou rente, se pose plus tôt que prévu.

Ce que la suspension change, génération par génération

Attention à une confusion qui circule beaucoup : le gel à 62 ans et 9 mois ne concerne pas toutes les générations 1964 à 1968. Il vise la génération 1964 et le premier trimestre 1965. Les suivantes bénéficient d'un décalage de trois mois, sans réduction de durée d'assurance.

GénérationÂge légal après suspensionTrimestres requis
196462 ans et 9 mois170
1965 (janvier à mars)62 ans et 9 mois170
1965 (avril à décembre)63 ans171
196663 ans et 3 mois172
196763 ans et 6 mois172
196863 ans et 9 mois172

La mesure s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, et jusqu'au 1er janvier 2028. Les 64 ans, eux, restent le point d'arrivée pour les générations 1969 et suivantes.

Un mot sur le cumul emploi-retraite, souvent cité dans la foulée : la même loi le durcit, mais à compter du 1er janvier 2027 seulement, et pour les seules pensions prenant effet à partir de cette date. Rien n'a changé à ce jour. À ce moment-là, la pension sera écrêtée en totalité en cas de reprise d'activité avant l'âge légal, puis pour moitié entre l'âge légal et 67 ans, sur la seule fraction de revenus dépassant un seuil d'environ 7 000 € bruts par an. Le décret d'application n'est pas encore paru.

Trois régimes fiscaux à ne pas confondre

La fiscalité de sortie d'un PER ne dépend pas du plan, mais de l'origine des sommes qu'il contient. C'est la principale source d'erreur.

Versements volontaires déduits du revenu imposable à l'entrée

Sortie en capital. La part correspondant aux versements est réintégrée au barème de l'impôt sur le revenu l'année de la sortie, sans l'abattement de 10 % (il ne vaut que pour les pensions et les rentes). La part correspondant aux plus-values supporte le prélèvement forfaitaire unique, passé à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026.

Sortie en rente. C'est le régime de la rente viagère à titre gratuit (article 158-5 du CGI) : abattement forfaitaire de 10 %, plafonné, puis imposition au barème. Rien à voir avec le barème par âge d'une rente issue d'une assurance-vie ou d'un viager.

Versements volontaires non déduits à l'entrée

Sortie en capital. La part correspondant aux versements n'est pas réimposée, puisqu'elle l'a déjà été à l'entrée. Seules les plus-values supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, et non les seuls prélèvements sociaux comme on le lit parfois.

Sortie en rente. Régime de la rente viagère à titre onéreux, avec une fraction imposable qui dépend de votre âge à l'entrée en jouissance : 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans. Autrement dit, à 70 ans, 70 % de la rente échappe à l'impôt sur le revenu. Prenez garde à la façon dont ce barème est souvent présenté : ce sont bien des fractions imposables, pas des abattements.

Cotisations obligatoires (PER catégoriel d'entreprise)

La sortie se fait uniquement en rente, sous le régime de la rente viagère à titre gratuit. Pas de choix possible pour cette part.

Un même PER peut donc combiner plusieurs régimes selon l'origine des sommes, ce qui rend une simulation individualisée indispensable avant toute décision.

Les taux ont changé au 1er janvier 2026

Point d'attention pour qui a fait ses calculs l'an dernier : la LFSS 2026, celle-là même qui suspend la réforme, a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %.

Conséquence directe sur un PER : les prélèvements sociaux passent de 17,2 % à 18,6 %, et le prélèvement forfaitaire unique de 30 % à 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu, plus 18,6 % de prélèvements sociaux). Une simulation bâtie sur 30 % sous-estime donc la note.

Notez que la rente n'échappe pas aux prélèvements sociaux, contrairement à ce que laissent entendre bien des comparatifs : pour une rente issue de versements déduits, l'impôt sur le revenu suit le régime des pensions, mais les prélèvements sociaux s'appliquent sur une fraction déterminée par votre âge. Comparer un capital net de 31,4 % à une rente présentée brute n'a aucun sens.

Le fractionnement, un levier souvent oublié

Sortir tout le capital d'un PER en une seule année civile peut faire basculer une part substantielle de la somme dans une tranche marginale élevée. Le risque est maximal quand la sortie tombe la même année qu'un dernier salaire à taux plein.

Lorsque le contrat le permet, fractionner la sortie sur deux ou trois années civiles, par exemple à cheval sur l'année de cessation d'activité et les suivantes, lisse la charge fiscale au lieu de la concentrer sur un seul exercice. C'est le levier le plus accessible, et le plus souvent négligé. Vérifiez ce que prévoit votre contrat : tous ne l'autorisent pas.

Capital sorti du PER et réinvesti en SCPI

Un capital sorti du PER puis réinvesti en parts de SCPI donne accès au taux de distribution moyen du marché, qui s'est établi à 4,91 % en 2025 selon l'ASPIM/IEIF, sans garantie pour l'avenir. Le capital, lui, reste votre propriété et demeure transmissible aux héritiers.

C'est la différence de fond avec une sortie en rente, qui sécurise un revenu à vie mais fait perdre la propriété du capital converti. Nuance utile : les options de réversion et d'annuités garanties atténuent cette perte, en échange d'une rente plus faible au départ. Nous avons détaillé cet arbitrage dans notre comparatif entre SCPI et rente viagère.

En contrepartie, ce capital sort de l'enveloppe fiscale du plan : les revenus de SCPI sont ensuite imposés chaque année comme des revenus fonciers ordinaires, au barème progressif plus 17,2 % de prélèvements sociaux, sans le différé d'imposition propre au PER.

Il n'y a pas de choix par défaut

Le bon arbitrage dépend de la composition exacte de votre plan (versements déduits ou non, part collective), de vos autres revenus la même année, de votre espérance de vie et de vos objectifs de transmission. Un même montant peut donner deux résultats nets très différents selon l'année où il sort.

La suspension de la réforme ne change rien à la mécanique fiscale. Elle avance simplement, pour les générations 1964 à 1968, la date à laquelle cette décision doit être prise. Si vous êtes concerné, c'est le bon moment pour refaire la simulation. Pour la construire à partir de votre situation réelle, échangez avec un consultant.

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