En moins de deux ans, le titre Stellantis a perdu l'essentiel de sa valeur boursière. Dans son sillage, plusieurs milliers d'épargnants patrimoniaux découvrent que leurs produits structurés, vendus avec un coupon « sécurisé » de 12 à 14 %, ne les protégeaient pas de ce qu'ils croyaient. Retour sur un mécanisme que peu de souscripteurs avaient réellement compris, et sur ce qu'il révèle au-delà du seul cas Stellantis.
Un sous-jacent star, pour de mauvaises raisons
Stellantis n'était pas un titre marginal dans l'univers des produits structurés distribués en France. Sa popularité tenait à une caractéristique précise : un rendement du dividende exceptionnellement élevé. Fin 2024, avec une action retombée autour de 12 € et un dividende de 1,55 € versé au printemps précédent, le rendement courant dépassait 12 %. Or ce dividende constitue l'un des piliers économiques de la formule : plus il est élevé, plus la banque émettrice peut afficher un coupon facial attractif sur le produit structuré.
Natixis, BNP Paribas et Société Générale comptent parmi les établissements ayant structuré ou distribué ces produits, souvent bâtis sur cette seule action, avec des tickets d'entrée de l'ordre de 100 000 €. La clientèle visée ? Des cadres dirigeants, des professions libérales et des chefs d'entreprise suivis en banque privée. Des épargnants aisés, mais qui ne sont pas des investisseurs professionnels.
L'addition est aujourd'hui connue : près de 2,5 milliards d'euros d'épargne se sont évaporés sur les produits indexés sur Stellantis, selon les estimations publiées début 2026. Certains affichent des valeurs de rachat inférieures à 10 % du montant investi.
La chronologie d'un effondrement
Mars 2024 : le titre culmine autour de 27 €. Les produits structurés émis à cette période affichent un niveau initial (le « strike ») de 25 à 27 €, avec une barrière de protection à 50 %, soit un seuil de perte fixé autour de 13 €. Un an plus tard, l'action est passée sous les 9 €. Les produits émis en 2023, dont les barrières se situaient autour de 8 à 9 €, commencent à trembler. Ceux de 2024 sont déjà dans le rouge.
En juillet 2025, le groupe annonce une perte nette de 2,3 milliards d'euros sur le premier semestre. Le nouveau directeur général, Antonio Filosa, reconnaît avoir surestimé le rythme de la transition électrique.
Le 6 février 2026, la sanction tombe. Après l'annonce d'environ 22 milliards d'euros de charges exceptionnelles liées au recalibrage de sa stratégie, assortie de la suspension du dividende 2026, le titre perd 25 % en une seule séance — la plus forte baisse de son histoire — et termine autour de 6,20 €. En moins de deux ans, l'action a effacé près de 75 % de sa valeur. Pour la quasi-totalité des produits encore en vie, les barrières de protection ne protègent plus rien.
Le vice caché : l'indice à décrément
Une partie des produits Stellantis ne suivait pas directement l'action, mais un « indice à décrément » : un sous-jacent synthétique qui retranche mécaniquement un montant forfaitaire chaque année, indépendamment du dividende réellement versé par l'entreprise.
Dans les cas documentés sur Stellantis, ce forfait se situe entre 1,20 € et 1,55 € par an selon les structures. Rapporté à un indice dont la valeur de départ avoisinait 12,6 points, cela représentait une ponction de l'ordre de 9,5 % dès la première année. Et comme le montant retranché est fixe, plus l'indice baisse, plus la ponction pèse lourd en proportion. Un cercle vicieux en marché baissier.
Le dividende, lui, a été suspendu pour 2026. Le décrément continue pourtant de s'appliquer, jusqu'à l'échéance des produits. Conséquence concrète : certains produits Stellantis ont perdu de la valeur plus vite que l'action elle-même, parce que le sous-jacent réel qu'ils suivaient n'était pas celui que le client croyait détenir.
Stellantis n'est pas un cas isolé
Le schéma s'est répété sur d'autres valeurs. Sur Kering, un produit Athéna Quotidien émis en mai 2020 avait un niveau initial de 431,95 €, avec une barrière de protection à 259,17 € ; le cours est descendu à 248,30 €, franchissant ce seuil. Sur Teleperformance, un produit Objectif Mensuel Dégressif de septembre 2023 affichait une barrière finale à 71,64 € pour un niveau initial de 119,40 € ; le cours observé à 47,01 € a également franchi la barrière.
Même Hermès, valeur perçue comme l'une des plus solides de la cote, affichait au printemps 2026 un recul d'environ 30 % sur un an. Avant Stellantis, Casino, Rallye, Atos, Orpea et Worldline avaient déjà illustré la même combinaison : concentration sur une seule valeur, coupon facial supérieur à 10 %, distribution large sans calibrage individuel du profil de risque du client.
Ce que dit la statistique d'ensemble
Il serait malhonnête de s'arrêter là. La cartographie commune ACPR-AMF du marché français des produits structurés, publiée en 2025 sur la période 2021-2023, montre que moins de 1 % des produits remboursés sur ces trois années ont enregistré une perte en capital, avec un rendement annuel médian brut de 6 à 7 %. Les produits indiciels sur sous-jacents larges et diversifiés, à structure standard, ont dans l'ensemble tenu leurs promesses.
L'épisode Stellantis ne condamne donc pas la classe d'actifs en bloc. Il pointe un profil de risque précis : la concentration sur une seule valeur, combinée à un sous-jacent à décrément et à une distribution de masse sans profilage individuel suffisant.
Concentration et devoir de conseil
Trois éléments structurels ressortent, quel que soit le sous-jacent choisi :
- Risque émetteur. Un produit structuré reste une créance sur une banque. En cas de défaillance de l'émetteur, capital et coupons sont perdus, quelle que soit la performance du sous-jacent.
- Rendement plafonné. Même en cas de forte hausse du marché, le gain reste borné par la formule fixée à la souscription, contrairement à un actif dont la valorisation peut suivre le marché sans plafond.
- Lisibilité du risque. Le 3 février 2026, l'AMF a publié les conclusions d'un groupe de travail sur la clarté des brochures commerciales de produits structurés : sept informations clés devraient figurer dès la première page, dont la protection réelle du capital, le risque émetteur et la nature exacte du sous-jacent. De simples bonnes pratiques à ce stade, pas une obligation — mais le signal est clair : le régulateur lui-même juge la pédagogie insuffisante sur ce type de produit.
L'AMF a par ailleurs rappelé à plusieurs reprises le risque d'une concentration excessive sur un seul sous-jacent. Pour des investisseurs prudents exposés sans en mesurer pleinement les implications, le terrain classique de contestation — le défaut de conseil — n'est pas à exclure si des démarches collectives se confirment.
Ce que la SCPI ne peut structurellement pas reproduire
La comparaison n'a de valeur que si elle reste honnête des deux côtés. Une SCPI n'est pas un placement sans risque : la valeur de la part n'est pas garantie, la liquidité sur le marché secondaire n'est pas instantanée, et la performance dépend du cycle immobilier comme du taux d'occupation du parc. Cela posé, trois différences structurelles sont vérifiables.
- Mutualisation. Une SCPI regroupe généralement plusieurs dizaines à plusieurs centaines d'actifs, loués à des locataires diversifiés par secteur et zone géographique. La dégradation d'un actif ou d'un locataire isolé ne déclenche pas de perte à seuil binaire, contrairement à une barrière de protection assise sur une seule action.
- Pas de mécanisme à seuil. La valeur de la part suit progressivement celle du patrimoine sous-jacent, sans formule mathématique ni date de constatation qui active ou non une perte.
- Nature de la créance. La SCPI est la détention d'un actif réel via une société de gestion agréée par l'AMF — pas une dette portée par le bilan d'une banque émettrice.
Pour comparer concrètement les véhicules du marché, notre classement des SCPI et notre guide complet 2026 détaillent ces mécanismes fonds par fonds. Et si vous détenez un produit structuré dont vous ne comprenez plus le fonctionnement, ou si vous vous interrogez sur la place de l'immobilier collectif dans votre patrimoine, les consultants de La Centrale des SCPI peuvent étudier votre situation. Le conseil est gratuit pour vous : notre cabinet, agréé CIF auprès de l'AMF et immatriculé à l'ORIAS, est rémunéré par les sociétés de gestion.
Ce qu'il faut retenir
Le cas Stellantis ne dit pas que les produits structurés sont à proscrire ; les chiffres d'ensemble contredisent cette lecture. Il dit que la concentration sur une seule valeur, combinée à des mécanismes peu lisibles pour le grand public, a transformé une promesse de rendement en piège pour une partie significative des souscripteurs.
La leçon opérationnelle tient moins au produit qu'à la manière dont il a été distribué, et à l'écart entre ce qu'affiche la brochure commerciale et ce que dit, en réalité, le document d'informations clés. Avant de signer, la bonne question n'est jamais « combien ça rapporte ». C'est « dans quel scénario je perds, et de combien ».
FAQ
Qu'est-ce qu'un produit structuré ?
Qu'est-ce qu'un indice à décrément ?
Les produits structurés sont-ils tous dangereux ?
Que faire si je détiens un produit structuré indexé sur Stellantis ?
Une SCPI peut-elle connaître le même scénario ?

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