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Dissolution ou liquidation d’une SCPI : quatre situations à ne pas confondre en 2026

Par Grégorie Moulinier, Conseiller en Investissements Financiers ·

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Dissolution ou liquidation d’une SCPI : quatre situations à ne pas confondre en 2026
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Une SCPI dont le prix chute fortement peut se trouver dans des situations juridiques très différentes, aux conséquences opposées pour l’épargnant. Il y en a quatre. Dans la première, le capital souscrit est remboursé parce que la loi l’impose. Dans une autre, une part peut changer de mains à moins de la moitié de son dernier prix officiel sans que la société soit menacée de disparaître.

Le vocabulaire, lui, ne fait pas la différence : « SCPI qui s’effondre », « SCPI mourante », « SCPI en liquidation » circulent indifféremment pour désigner ces quatre cas. Les confondre conduit à mal évaluer le risque, dans un sens comme dans l’autre. Voici la grille de lecture, avec les textes applicables et les cas documentés de 2025 et 2026.

Quatre situations, un seul mot pour les désigner

SituationLe fonds existe-t-il encore ?Le capital est-il protégé ?Cas documenté
Dissolution pour seuil de collecte non atteintNon, en liquidationOui, la loi impose le remboursement de la souscriptionPatrimonia Capital et Rendement, assemblée du 25 novembre 2025
Liquidation d’une SCPI dont le patrimoine est déjà investiNon, en liquidationNon, boni ou mali de liquidation selon les cessionsFin de vie statutaire des SCPI fiscales
Variabilité du capital suspendueOui, en activitéNon, ni prix ni délai de sortie garantisPrimopierre, Perial O2, LF Grand Paris Patrimoine
Achat de parts de gré à gréOui, en activitéSans objet, la question porte sur le conseil reçuMarchés secondaires organisés et cessions directes

Les deux premières lignes décrivent une société qui disparaît. Les deux suivantes décrivent une société bien vivante, dont les parts sont simplement devenues difficiles à vendre. Ce sont deux mondes, et la nuance se vérifie en quelques minutes dans les avis de convocation d’assemblée et les bulletins trimestriels.

La dissolution pour seuil de collecte non atteint : le seul cas où la loi prévoit un remboursement

L’article L.214-116 du Code monétaire et financier impose à une SCPI nouvellement créée de collecter auprès du public au moins 15 % de son capital maximum statutaire dans un délai d’un an après la date d’ouverture de la souscription. À défaut, le texte est sans nuance : « la société est dissoute et les associés sont remboursés du montant de leur souscription ». Il n’y a pas de discussion possible : le texte est automatique.

Patrimonia Capital et Rendement en offre l’illustration la plus récente. Visa de l’AMF le 20 septembre 2024, lancement commercial le 7 novembre 2024, donc une échéance au 7 novembre 2025 pour atteindre 3,75 millions d’euros, soit 15 % d’un capital statutaire plafonné à 25 millions. Fin septembre 2025, la SCPI avait réuni environ 1,8 million d’euros auprès d’une centaine d’associés, pour à peu près 8 840 parts. Moins de la moitié du seuil. L’assemblée générale extraordinaire du 25 novembre 2025 a acté la dissolution et nommé un liquidateur.

Les souscripteurs ont été remboursés de l’intégralité de leur mise, commission de souscription comprise. Une précision s’impose ici, parce qu’elle change la portée de l’exemple : la loi garantit le remboursement de la souscription, pas celui des frais d’entrée. Sur ce dossier, c’est la garantie bancaire exigée à la constitution de toute SCPI par le règlement général de l’AMF qui a permis de couvrir aussi les commissions. Le mécanisme est prévu, il n’est pas automatique pour autant, et il ne se lit pas dans le seul article L.214-116.

Retenez surtout la borne temporelle. Cette protection ne joue que sur les douze premiers mois de commercialisation, avant que l’argent collecté ne soit transformé en immeubles. Passé ce stade, la logique s’inverse complètement.

Quand le patrimoine est déjà investi, la liquidation redevient risquée

Une SCPI peut être dissoute pour bien d’autres raisons : arrivée au terme prévu par ses statuts, décision d’assemblée générale, difficultés durables liées à la vacance locative, à l’endettement ou à un patrimoine devenu invendable dans de bonnes conditions. Le déroulé est alors classique. Le liquidateur cède les actifs, apure les dettes, puis répartit ce qui reste entre les associés au prorata de leurs parts.

Deux issues, et une seule est agréable. Le boni de liquidation, si les ventes rapportent plus que la valeur comptable des immeubles. Le mali dans le cas inverse, les associés récupérant alors moins que leur mise. Le facteur déterminant n’est pas le talent du liquidateur, c’est l’état du marché au moment des cessions. Vendre un patrimoine de bureaux partiellement vacants pendant une phase de correction n’a rien à voir avec la cession d’un portefeuille occupé dans un marché tendu.

Ce scénario n’a rien d’exceptionnel. Les SCPI fiscales, dont la durée de vie est bornée par les statuts, sont conçues pour être dissoutes une fois l’avantage fiscal purgé et le patrimoine cédé. Leur liquidation est programmée dès la souscription, et le résultat final dépend là encore des conditions de revente des logements. C’est une des raisons pour lesquelles une SCPI fiscale se juge sur son prix de sortie autant que sur sa réduction d’impôt.

Variabilité du capital suspendue : la SCPI est illiquide, pas dissoute

Voici le cas le plus mal compris de 2026, et celui qui alimente l’essentiel du récit sur les SCPI « qui s’effondrent ».

Quand les demandes de retrait s’accumulent sans contrepartie à l’achat, la société de gestion peut suspendre la variabilité du capital. Le marché primaire ferme alors : plus de souscription, plus de retrait, et les demandes en attente sont annulées. Les parts ne s’échangent plus que par confrontation d’ordres sur le marché secondaire. Le prix de souscription et la valeur de retrait deviennent juridiquement caducs. Seul subsiste le prix d’exécution, celui qui résulte de la confrontation de l’offre et de la demande, établi et publié par la société de gestion à l’issue de chaque période d’enregistrement (article L.214-93 du Code monétaire et financier).

L’écart avec l’ancien prix officiel peut être spectaculaire. Trois exemples, chacun daté de sa confrontation, parce qu’un prix d’exécution n’a de sens qu’avec sa séance.

SCPIDernier prix de souscriptionConfrontationPrix acquéreurParts échangées
Primopierre115 € (suspension le 07/01/2026)26/03/2026, première séance49,41 € (45 € net vendeur)171
Perial O2164 € (suspension le 25/02/2026)31/07/202675,76 € (69 € net vendeur)5 907
LF Grand Paris Patrimoine218 € (suspension le 01/06/2026)31/07/2026, première séance88,80 €140

Aucune de ces trois SCPI n’est en dissolution. Elles perçoivent des loyers, elles versent des dividendes, non garantis et susceptibles de continuer à baisser comme on l’observe sur les trois fonds. Ce qu’une décote de cette ampleur mesure, c’est la liquidité et l’état du patrimoine, pas la survie de la société. Sur LF Grand Paris Patrimoine, la valeur de réalisation a d’ailleurs été ramenée à 130,31 € par part au 30 juin 2026, contre 173,40 € au 31 décembre 2025 : le patrimoine a été réévalué à la baisse, sans que la société soit menacée de disparaître pour autant. Le mécanisme et les chiffres actualisés sont détaillés dans notre article dédié à la décote de marché secondaire et à la valeur de reconstitution.

Une colonne de ce tableau mérite plus d’attention que celle des prix : le nombre de parts échangées. Sur LF Grand Paris Patrimoine, la première confrontation a porté sur 140 parts. Sur Allianz Pierre, dont la variabilité est suspendue depuis le 12 mai 2026, la première séance du 30 juin 2026 en a échangé 125, à 201,40 € pour l’acquéreur contre 190 € net pour le vendeur. Perial O2 fait beaucoup mieux avec 5 907 parts au 31 juillet, mais ce chiffre doit se lire à côté d’un autre : 1 352 408 parts étaient en attente de retrait sur ce fonds fin 2025, avant que la suspension n’annule ces demandes. Un vendeur qui accepte une décote de moitié n’a donc aucune assurance d’être servi. Le volume échangé est la vraie mesure du blocage, et il est public : le règlement général de l’AMF impose la publication du prix d’exécution et des quantités échangées. Quand aucun prix ne peut être établi, faute de transaction, la société de gestion publie le meilleur prix d’achat et le prix de vente le plus faible. Nous avons expliqué ailleurs pourquoi ce verrou de liquidité protège aussi les porteurs qui restent.

Reste qu’un pont existe entre cette situation et la précédente, et il est écrit dans la loi. Lorsque des ordres de vente non satisfaits ou des demandes de retrait non exécutées depuis plus de douze mois représentent au moins 10 % des parts émises, la société de gestion en informe l’Autorité des marchés financiers. Une assemblée générale extraordinaire doit alors être convoquée dans les deux mois pour examiner la cession partielle ou totale du patrimoine (article L.214-93). Un marché durablement bloqué n’est donc pas une liquidation, mais le droit prévoit le chemin qui mène de l’un à l’autre. C’est la raison pour laquelle la question à poser sur une SCPI suspendue n’est pas « de combien la part a-t-elle décoté », mais « depuis combien de temps, et pour quel volume ».

Acheter des parts de gré à gré : ce que personne ne vérifie à votre place

Le formalisme dépend du canal, et il n’impose de notaire dans aucun des deux cas.

Sur un marché secondaire organisé, les ordres d’achat et de vente sont inscrits, à peine de nullité, sur un registre tenu au siège de la société. L’article L.214-93 du Code monétaire et financier règle la suite : l’inscription de la transaction sur le registre des associés « est réputée constituer l’acte de cession écrit prévu par l’article 1865 du code civil », et le transfert de propriété devient opposable à la société comme aux tiers dès cette inscription. Autrement dit, le registre tient lieu d’acte.

Lors d’une cession directe entre particuliers, la cession se constate par écrit. Un acte sous seing privé suffit. Il doit être enregistré auprès des services fiscaux dans le mois, opération qui déclenche un droit d’enregistrement de 5 % (article 726 du Code général des impôts), supporté en pratique par l’acquéreur et qui s’ajoute au prix payé. La cession est ensuite notifiée à la société de gestion, qui inscrit la mutation au registre des associés.

D’où vient alors la croyance tenace qu’il faudrait un notaire ? D’une réforme récente, qui vise les SCI et pas les SCPI. Depuis le 26 juin 2026, la loi anti-fraude du 11 mai 2026 a créé l’article 1865-1 du code civil : la cession de parts d’une société civile immobilière, et plus largement d’une société à prépondérance immobilière, doit être constatée par acte authentique ou par acte contresigné par avocat, à peine de nullité. Ce texte exclut expressément les parts de placements collectifs au sens de l’article L.214-1 du Code monétaire et financier. Les SCPI en font partie. Le régime des parts de SCI ne s’applique donc pas aux parts de SCPI, et l’acte sous seing privé y reste valable.

Reste la question que le formalisme ne traite pas. Une plateforme de mise en relation sécurise une transaction, elle ne vérifie pas l’adéquation de l’achat à celui qui le réalise : son horizon de placement, son besoin de liquidité à moyen terme, sa concentration déjà existante sur cette classe d’actifs. Un conseiller en investissements financiers, lui, y est tenu. La réglementation lui impose de connaître son client et de formaliser une recommandation avant tout investissement. Ce n’est pas une option commerciale, c’est une obligation attachée au statut, dont nous avons détaillé le contenu exact dans notre article sur ce que le devoir de conseil impose vraiment.

La distinction devient concrète sur une part décotée. L’acheteur qui sélectionne seul une annonce achète le rendement affiché, et avec lui le problème de liquidité qui a produit la décote. Rien ne lui garantit qu’il retrouvera un acquéreur, ni à quel prix, ni dans quel délai. La décote n’est alors plus la seule variable à examiner : l’absence de filtre en est une autre.

Quatre questions avant de parler d’une SCPI qui « s’effondre »

  • Le fonds est-il en liquidation ou seulement suspendu ? Deux statuts juridiques distincts, vérifiables dans les avis de convocation d’assemblée et les bulletins trimestriels. Une SCPI à la variabilité suspendue reste une société en activité.
  • Si dissolution il y a, intervient-elle avant ou après l’investissement du patrimoine ? Avant, la loi impose le remboursement de la souscription. Après, le résultat dépend des conditions de cession des immeubles.
  • La décote citée porte-t-elle sur un prix négocié ou sur la valeur de reconstitution ? Les deux se nomment « décote » et ne mesurent pas la même chose. La première parle de liquidité, la seconde de valorisation.
  • Combien de parts ont réellement changé de mains ? Une décote sans volume ne renseigne sur rien. Elle indique le prix théorique d’une sortie, pas la possibilité de sortir. Cent quarante parts servies sur une SCPI qui en compte des millions, c’est un marché fermé, quel que soit le prix affiché.

Ces quatre vérifications se font document par document, sur les publications de la société de gestion, et pas sur le chiffre repris dans un comparateur. Si vous détenez des parts d’une SCPI dont le marché est bloqué, ou si l’on vous présente une décote comme une occasion d’entrée, échangez avec un consultant avant d’agir. Nos consultants ont accès à l’ensemble du marché, soit 145 SCPI actives et plus de 50 sociétés de gestion. Notre conseil est transparent, agréé CIF et immatriculé à l’ORIAS sous le n° 13000729, et il vous est gratuit puisque notre rémunération est assurée par les sociétés de gestion. Vous pouvez aussi comparer les SCPI de notre classement ou consulter notre sélection.

FAQ

Une SCPI « mourante » est-elle un statut juridique ?
Non, l’expression n’existe pas en droit. Le droit distingue la dissolution, qui met fin à la société et s’acte en assemblée générale, de l’illiquidité du marché secondaire, où la société reste en activité mais où les parts se revendent difficilement. Une SCPI à la variabilité suspendue et fortement décotée, comme Primopierre ou Perial O2, n’est pas en dissolution.
Une dissolution de SCPI fait-elle systématiquement perdre de l’argent aux associés ?
Non. Lorsqu’elle résulte du seuil de collecte de 15 % non atteint (article L.214-116 du Code monétaire et financier), les associés sont remboursés du montant de leur souscription, comme sur Patrimonia Capital et Rendement fin 2025. Lorsqu’elle intervient après l’investissement du patrimoine, le résultat dépend des conditions de vente des immeubles et peut se solder par un mali de liquidation.
Une décote de 50 % signifie-t-elle que la SCPI a perdu la moitié de sa valeur ?
Pas nécessairement, et pas au même rythme. Le prix d’exécution résulte de la confrontation entre des vendeurs pressés et des acheteurs peu nombreux à un instant donné. La valeur d’expertise du patrimoine, elle, est réévaluée à chaque campagne. Sur LF Grand Paris Patrimoine, la confrontation du 31 juillet 2026 s’est faite à 88,80 € quand la valeur de réalisation ressortait à 130,31 € au 30 juin. Les deux chiffres bougent, rarement ensemble.
Faut-il un notaire pour acheter des parts de SCPI de gré à gré ?
Non. Un acte sous seing privé enregistré auprès des services fiscaux suffit, avec un droit d’enregistrement de 5 % supporté en pratique par l’acquéreur, puis inscription au registre des associés par la société de gestion. Sur un marché secondaire organisé, l’inscription au registre vaut à elle seule acte de cession écrit (article L.214-93 du Code monétaire et financier). La confusion vient de la loi anti-fraude du 11 mai 2026, qui impose bien l’acte authentique ou contresigné par avocat pour les parts de SCI, mais qui exclut expressément les placements collectifs, donc les SCPI.
Une plateforme de gré à gré me conseille-t-elle sur l’adéquation de l’achat à mon profil ?
En principe non. Elle organise la rencontre entre un vendeur et un acheteur, sans obligation de connaissance du client ni devoir de conseil, contrairement à un conseiller en investissements financiers. La vérification de l’adéquation à votre situation vous revient, ou revient au professionnel que vous choisissez de consulter.
Une SCPI peut-elle faire faillite ?
La question mérite une réponse à part entière, car elle recouvre plusieurs risques distincts, dont celui de la défaillance de la société de gestion, qui n’emporte pas la disparition du patrimoine. Nous la traitons dans notre dossier sur les risques des SCPI.

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