Le fonds euros reste l'actif préféré des Français. C'est aussi, pour beaucoup, un placement qu'on ouvre une fois et qu'on n'interroge plus jamais. Or après huit ans de détention, la vraie question n'est plus « puis-je faire un retrait partiel » : la réponse est oui, sans la moindre ambiguïté. La question devient « dois-je continuer à laisser cet argent dormir là ».
Le retrait partiel : un droit, pas une dérogation
L'épargne placée sur un contrat d'assurance vie n'est jamais bloquée. À tout moment, sans avoir à se justifier, le souscripteur peut demander un rachat partiel à son assureur : récupérer une partie du capital tout en laissant le contrat ouvert. Ce droit est encadré par les articles L132-21 et L132-23 du Code des assurances. Aucune autorisation préalable, aucune pénalité légale pour un retrait anticipé. La seule conséquence est fiscale, pas réglementaire.
Encore faut-il distinguer deux opérations que beaucoup confondent.
Le rachat partiel : vous retirez une somme, le contrat reste actif et conserve son antériorité fiscale, c'est-à-dire la date d'ouverture qui détermine le régime d'imposition applicable.
Le rachat total : vous clôturez le contrat, et l'antériorité fiscale disparaît avec lui. Si votre idée est de réorienter une partie de votre épargne vers les SCPI tout en gardant un socle en fonds euros, le rachat partiel est presque toujours le bon réflexe.
La procédure, étape par étape
Dans la pratique, une demande de rachat partiel tient en quatre temps :
- Contactez l'assureur ou le courtier gestionnaire du contrat. Selon les compagnies, cela passe par un formulaire en ligne, l'espace client, ou une demande écrite signée.
- Précisez le montant souhaité. Si le contrat est multisupport, indiquez sur quel support effectuer le prélèvement : fonds euros, unités de compte, ou répartition proportionnelle.
- Fournissez un RIB s'il n'est pas déjà enregistré, ainsi qu'une pièce d'identité en cours de validité selon les exigences LCB-FT de l'assureur.
- Recevez les fonds. Le Code des assurances impose un versement sous deux mois maximum. Au-delà, des intérêts de retard légaux sont dus de plein droit. En pratique, la plupart des assureurs traitent la demande en quelques jours à quelques semaines.
À vérifier avant de signer. Certains contrats anciens, ou certains réseaux bancaires, appliquent des frais de sortie ou des délais de traitement plus longs que la moyenne du marché. Lisez les conditions générales de votre contrat avant toute demande : ce point varie fortement d'un assureur à l'autre et n'est encadré par aucune règle uniforme.
La fiscalité du retrait partiel après 8 ans
C'est le cœur du sujet, et l'endroit où la plupart des épargnants perdent de l'argent. Rarement par mauvais calcul : le plus souvent par méconnaissance. Lors d'un rachat partiel, seule la quote-part de gains contenue dans le retrait est imposable. Jamais le capital versé. Cette quote-part se calcule selon une formule de prorata fixée par l'administration fiscale :
Gains imposables = Montant retiré × (Gains du contrat ÷ Valeur totale du contrat)
Prenons un contrat de 200 000 € alimenté par 150 000 € de versements. Un retrait de 20 000 € ne contient que 2 000 € de gains imposables. Le reste, ce sont vos versements : ils ne sont jamais taxés.
| Ancienneté du contrat | Régime applicable | Taux |
|---|---|---|
| Moins de 8 ans | PFU (flat tax) | 12,8 % IR + 17,2 % PS, sur option barème progressif |
| Plus de 8 ans | Abattement annuel | 4 600 € (seul) / 9 200 € (couple) sur les gains |
| Plus de 8 ans, au-delà de l'abattement | PFL réduit | 7,5 % (≤ 150 000 € versés) ou 12,8 % au-delà + 17,2 % PS |
Sur le fonds euros, une particularité change tout. Les prélèvements sociaux de 17,2 % sont prélevés chaque année au fil de l'eau, dès que les intérêts sont inscrits au contrat. Pas seulement au moment du retrait. C'est une différence structurelle avec les unités de compte, où ces prélèvements ne sont dus qu'au rachat. Concrètement, un fonds euros à 2,5 % brut ne rapporte plus que 2,07 % une fois les prélèvements sociaux passés, et ce, avant même la fiscalité sur le revenu et avant les frais de gestion du contrat.
Le point qui fâche. Une fois les frais de gestion du contrat (souvent 0,6 % à 1 % par an sur le fonds euros) et les prélèvements sociaux annuels déduits, le rendement réel net pour l'épargnant tombe fréquemment sous la barre des 2 %. Comparer un tel rendement à une SCPI affichant un taux de distribution de 6 à 9 % brut n'est pas un argument commercial : c'est de l'arithmétique. À une condition près, et elle est essentielle : comparer ce qui est comparable. La SCPI ne garantit pas le capital, le fonds euros si.
L'épée de Damoclès Sapin 2
La loi Sapin 2 de 2016 a introduit un mécanisme méconnu, mais bien réel. Le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) peut, en cas de menace grave pour la stabilité du système financier, suspendre temporairement les rachats sur les contrats d'assurance vie. Pour une durée pouvant aller jusqu'à six mois renouvelables. Ce dispositif n'a jamais été activé depuis sa création.
Il n'en reste pas moins inscrit dans la loi. Et son existence change la nature même du risque : un fonds euros n'est pas seulement exposé à un risque de rendement, il porte aussi un risque de liquidité conditionnel, activable par décision administrative en cas de crise systémique.
Dans un contexte de tensions sur les dettes souveraines en zone euro et de fragilité bancaire récurrente depuis 2023, ce risque n'est ni à dramatiser ni à balayer. Il fait partie des paramètres d'une décision d'arbitrage, au même titre que le rendement et la fiscalité. Pour aller plus loin, nous l'avons décrypté en détail dans notre article loi Sapin 2 et assurance vie.
SCPI européennes : ce que dit vraiment la fiscalité
Les SCPI investies hors de France, comme Iroko Atlas ou Comète, bénéficient d'un traitement fiscal différent des SCPI françaises. La raison tient aux conventions fiscales bilatérales destinées à éviter la double imposition : les revenus fonciers générés à l'étranger sont taxés dans le pays source, puis un crédit d'impôt ou un mécanisme de taux effectif neutralise généralement l'impôt sur le revenu français correspondant.
Ce que dit le BOFiP est explicite. Lorsque la convention fiscale entre la France et le pays d'implantation prévoit un crédit d'impôt égal à l'impôt français (le mécanisme dit du taux effectif, le plus fréquent pour les SCPI européennes), les revenus concernés sont exonérés en France à la fois de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux. Le Bulletin officiel des finances publiques précise que ces revenus « ne sont pas soumis au prélèvement à la source » des contributions sociales (BOI-IR-PAS-40). C'est ce mécanisme qui explique l'avantage fiscal réel des SCPI européennes par rapport aux SCPI françaises, où les 17,2 % de prélèvements sociaux s'appliquent systématiquement.
Une nuance importante sur le réinvestissement. Certaines SCPI permettent de réinvestir automatiquement les dividendes dans l'achat de nouvelles parts, plutôt que de les percevoir en numéraire. Ce mécanisme ne procure aucun différé fiscal : le revenu reste imposable au titre de l'année où il est distribué, qu'il atterrisse sur votre compte ou qu'il soit directement converti en parts. La logique de capitalisation sans fait générateur d'impôt, propre à l'assurance vie tant qu'aucun retrait n'est effectué, ne s'applique pas à la SCPI détenue en direct.
Quand et comment arbitrer
La pratique la plus répandue chez les épargnants qui suivent ce raisonnement tient en deux principes. D'abord, conserver l'antériorité fiscale du contrat, donc ne jamais le clôturer totalement. Ensuite, procéder à des retraits partiels échelonnés une fois le cap des 8 ans franchi, en restant sous le seuil de l'abattement annuel pour limiter l'imposition. Les sommes ainsi récupérées sont réorientées vers des supports immobiliers offrant un couple rendement / fiscalité différent.
Ce choix suppose d'accepter un changement de nature de risque. Le fonds euros garantit le capital. La SCPI ne le garantit pas : elle expose à un risque de perte en capital et de liquidité, la valeur des parts pouvant varier à la hausse comme à la baisse. Ce n'est pas une ligne à reléguer en bas de page. C'est l'arbitrage central, celui que tout épargnant doit faire en conscience avant de bouger le moindre euro.
Vous hésitez sur la part à conserver et celle à réorienter ? Parlez-en à un conseiller : l'analyse de votre situation est gratuite et sans engagement. Vous pouvez aussi consulter notre classement des SCPI et notre comparatif SCPI ou assurance vie.
Deux profils, deux logiques d'arbitrage
Les cas suivants sont des profils-types construits à des fins pédagogiques, à partir de situations courantes observées chez les épargnants de plus de 50 ans. Ils n'engagent aucun client réel et ne constituent pas une garantie de performance.
Profil retraite : Jean-Pierre, 73 ans
Jean-Pierre a ouvert son contrat d'assurance vie fonds euros en 2009. Avec 14 ans d'antériorité, il bénéficie déjà de l'abattement annuel maximal. En 2026, il effectue un rachat partiel de 60 000 €. La part de gains imposables s'avère largement inférieure à son abattement de 4 600 € : aucun impôt sur le revenu à la sortie, seuls les prélèvements sociaux déjà retenus au fil de l'eau sur le fonds euros restent acquis. Il réoriente cette somme vers Iroko Atlas, en démembrement partiel pour préparer la transmission à ses deux enfants, et conserve un socle de liquidités sur son contrat d'origine. Sa priorité : un complément de revenus régulier, sans renoncer à la dimension successorale de l'assurance vie sur le solde conservé.
Profil actif : Camille, 50 ans, cadre
Camille détient un contrat ouvert en 2014, lui aussi au-delà du seuil des 8 ans. Avec un TMI à 30 %, elle calibre son retrait pour rester dans la limite de l'abattement annuel, et fractionne l'opération sur deux exercices fiscaux afin d'en doubler l'effet. Les 60 000 € dégagés sont investis sur la SCPI Eden, avec réinvestissement automatique des dividendes en nouvelles parts plutôt que perception en numéraire. Un choix de capitalisation patrimoniale sur 15 ans avant la retraite, mais sans avantage fiscal : les revenus distribués restent imposables chaque année, qu'ils soient réinvestis ou encaissés. En parallèle, elle garde son assurance vie pour ses besoins de liquidité à court terme.
« L'erreur la plus fréquente n'est pas de garder du fonds euros. C'est de ne jamais se poser la question de son utilité à un instant T du patrimoine. Un retrait partiel bien calibré, sous abattement, ne coûte souvent rien fiscalement. Ce qui coûte cher, c'est l'inertie. » — Théo Darroman, consultant en allocation patrimoniale, La Centrale des SCPI.
Questions fréquentes
Le retrait partiel ferme-t-il mon contrat d'assurance vie ?
Combien de temps pour recevoir l'argent après une demande de retrait partiel ?
Mon fonds euros peut-il vraiment être bloqué un jour ?
Faut-il choisir entre fonds euros et SCPI ?

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