L'inflation ne s'est pas arrêtée en 2026. Dans sa note de conjoncture du 10 septembre, l'Insee attend 2,1 % en moyenne sur l'année, avec une fin d'année à 2,9 % sur un an, tirée par les hydrocarbures depuis le conflit au Moyen-Orient, par le gaz et par les légumes frais. Pendant ce temps, le Livret A rapporte 1,7 %. Votre épargne réglementée perd donc du pouvoir d'achat, mois après mois, et le calcul tient en une soustraction.
Le versement programmé en SCPI est une réponse possible. Nous avons déjà détaillé son fonctionnement et ses règles : ce n'est pas l'objet de cet article. La question ici est plus étroite. Face à une inflation à 2 %, qu'est-ce que 100 € par mois en SCPI changent concrètement, à partir de quand, et qu'est-ce que ce placement ne protège pas ?
Le Livret A perd la course contre l'inflation, chiffres à l'appui
Depuis le 1er août 2026, le Livret A est rémunéré 1,7 %, contre 1,5 % au semestre précédent. La hausse de 0,2 point a été décidée sur proposition du gouverneur de la Banque de France, selon la formule habituelle qui mélange l'inflation hors tabac des douze derniers mois et les taux interbancaires de la zone euro. Le LEP reste à 2,5 %.
Face aux 2,1 % d'inflation moyenne attendus par l'Insee pour 2026, le rendement réel du Livret A ressort à −0,4 point. Ce n'est pas une opinion, c'est une soustraction. Et l'écart se creuse en fin d'année si l'Insee a raison sur les 2,9 % de décembre.
Les fonds euros d'assurance-vie font mieux, mais moins qu'on ne le dit. L'ACPR a publié le 30 juin 2026 le taux moyen de revalorisation 2025 des contrats individuels : 2,63 %, net de frais de gestion et avant prélèvements sociaux. Après les 17,2 % de prélèvements sociaux, il reste environ 2,18 %. Soit, à peu de chose près, le niveau de l'inflation.
| Support | Rendement | Après prélèvements sociaux | Face à 2,1 % d'inflation |
|---|---|---|---|
| Livret A (depuis le 01/08/2026) | 1,70 % | 1,70 % (exonéré) | −0,4 point |
| LEP (depuis le 01/08/2026) | 2,50 % | 2,50 % (exonéré) | +0,4 point |
| Fonds euros, moyenne 2025 (ACPR) | 2,63 % | environ 2,18 % | environ +0,1 point |
| SCPI, taux de distribution moyen 2025 (ASPIM) | 4,91 % | dépend de votre fiscalité | voir plus bas |
L'épargne dite « sans risque » ne protège plus rien : elle ralentit l'érosion. Chercher un support plus rémunérateur n'est pas un caprice. C'est une réponse rationnelle à un rendement réel négatif, à condition d'en mesurer la vitesse et les limites.
100 € par mois : ce que ça rapporte à 1, 5 et 10 ans
Le taux de distribution moyen du marché s'est établi à 4,91 % en 2025 selon l'ASPIM, après 4,72 % en 2024. Ce taux n'est pas garanti, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il sert ici d'ordre de grandeur, rien de plus.
Sur cette base, en supposant les parts toutes entrées en jouissance et le taux stable, 100 € versés chaque mois produisent :
| Durée | Capital versé | Revenu annuel à 4,91 % | Soit par mois |
|---|---|---|---|
| 1 an | 1 200 € | 59 € | environ 5 € |
| 5 ans | 6 000 € | 295 € | environ 25 € |
| 10 ans | 12 000 € | 589 € | environ 49 € |
On ne va pas vous raconter que 5 € par mois compensent votre plein d'essence. Ce n'est pas l'objectif. C'est un mécanisme de construction de revenu, qui prend de l'ampleur avec le temps parce que chaque versement s'ajoute aux précédents. Le tableau ignore volontairement deux choses : la revalorisation éventuelle du prix de part, qui peut jouer dans les deux sens, et le réinvestissement des dividendes, qui accélère la courbe. Pour intégrer ce second effet, notre simulateur d'intérêts composés fait le calcul avec vos propres paramètres.
La première année, le revenu réel sera d'ailleurs inférieur à ces 5 € mensuels. Explication ci-dessous.
Le détail qui change tout : chaque versement a son propre délai de jouissance
Un versement programmé n'est pas un compte épargne qu'on alimente. Chaque prélèvement mensuel est une souscription à part entière, avec son propre délai de jouissance, le plus souvent compris entre trois et six mois selon les sociétés de gestion. Un versement de janvier ne rapporte rien en février. Ni en mars.
Concrètement, avec un délai de cinq mois, votre versement de janvier produit son premier dividende au titre de juin. Celui de septembre attend février de l'année suivante. Sur la première année complète, seule une partie des douze versements a franchi ce cap : le revenu encaissé est donc nettement en dessous des 59 € théoriques du tableau. L'écart se referme ensuite, puisque la file d'attente reste constante alors que le stock de parts en jouissance grossit.
Il faut le savoir avant de signer, pas le découvrir en épluchant un relevé décevant. Ce délai n'est pas un frais caché : c'est le temps que met la société de gestion à investir votre argent dans des immeubles qui produisent des loyers. Mais il décale le compteur, et il le décale à chaque mensualité.
Non, les loyers des SCPI ne suivent pas automatiquement l'inflation
Version marketing : « l'immobilier protège de l'inflation ». Version réelle : les loyers commerciaux sont indexés sur l'ILC ou l'ILAT, pas sur l'indice des prix à la consommation. Nous avons expliqué pourquoi ces indices divergent de l'inflation ; voici où ils en sont en 2026.
Au premier trimestre 2026, dernière valeur publiée par l'Insee, l'ILC recule de 0,45 % sur un an. L'ILAT, qui régit les bureaux, progresse de 0,09 %. Pendant ce temps, l'inflation générale remontait de 0,9 % en février à 2,4 % en août. Les indices locatifs réagissent avec retard, et ils sont construits pour lisser.
Deux évolutions réglementaires pèsent aussi. Le plafonnement à 3,5 % de la variation de l'ILC, accordé aux PME, a couvert les indices du deuxième trimestre 2022 au premier trimestre 2024 : il a expiré. Et la loi du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a inscrit dans le Code de commerce la validité des clauses « tunnel », qui encadrent la variation annuelle du loyer dans les mêmes proportions à la hausse et à la baisse. Un bail signé avec une telle clause amortira les à-coups, dans les deux sens. Pour les SCPI investies hors de France, chaque pays applique ses propres règles d'indexation, sans mécanisme uniforme.
La protection automatique contre l'inflation n'existe donc pas. Ce qui existe : un rendement de marché qui, en 2025, est resté nettement au-dessus du Livret A, et un patrimoine d'immeubles dont la valeur suit ses propres cycles, avec un risque de perte en capital.
Un réflexe budgétaire, pas un pari
Le versement programmé doit venir d'une capacité d'épargne réelle. Jamais de l'argent nécessaire aux dépenses courantes. L'épargne de précaution, liquide, se construit en premier ; le reste vient ensuite. Le Livret A garde d'ailleurs ce rôle, même à 1,7 %.
Le capital investi en SCPI n'est pas garanti. La revente des parts n'est ni immédiate ni certaine à un prix donné : c'est le risque de liquidité, et il ne disparaît pas parce qu'on a investi petit à petit. La plupart des sociétés de gestion permettent de suspendre ou d'arrêter un versement programmé, mais les conditions varient d'un fonds à l'autre. Préavis, montant minimal, frais éventuels : à vérifier avant de signer.
Reste le choix de la SCPI elle-même, ou des SCPI, puisque rien n'oblige à concentrer 100 € par mois sur un seul fonds. Le classement des SCPI donne les taux de distribution passés ; la sélection, elle, se fait sur la qualité du patrimoine, le taux d'occupation et le niveau de frais, pas sur le seul rendement affiché.
Vous voulez savoir ce que votre capacité d'épargne mensuelle peut construire en SCPI, et en combien de temps ? Prenez rendez-vous avec un conseiller La Centrale des SCPI : 30 minutes, gratuit et sans engagement.
Ce qu'il faut retenir
- Le Livret A à 1,7 % perd 0,4 point par an face aux 2,1 % d'inflation attendus par l'Insee en 2026 ; le fonds euros moyen (2,63 % en 2025 selon l'ACPR) fait à peine jeu égal après prélèvements sociaux.
- 100 € par mois en SCPI, au taux moyen 2025 de 4,91 % (non garanti) : environ 5 € de revenu mensuel après un an, 25 € après cinq ans, 49 € après dix ans, hors réinvestissement.
- Chaque versement a son propre délai de jouissance, de trois à six mois : la première année rapporte moins que le calcul théorique.
- Les loyers ne suivent pas l'inflation : ILC à −0,45 % sur un an au T1 2026, ILAT à +0,09 %.
- Horizon long, capacité d'épargne réelle, épargne de précaution d'abord : le versement programmé est un réflexe budgétaire, avec un risque de perte en capital et un risque de liquidité.
FAQ
Le versement mensuel en SCPI protège-t-il de l'inflation ?
Combien de temps avant que les versements produisent un revenu visible ?
Faut-il vider son Livret A pour investir en SCPI ?
Peut-on arrêter un versement programmé en cours de route ?
Le taux du Livret A va-t-il encore bouger en 2027 ?

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