Il n'existe pas de seuil officiel de crise, ni à 5 %, ni à 6 %. Ce qui fait basculer un marché obligataire, c'est la vitesse de la hausse, l'écart de taux avec l'Allemagne et la trajectoire de la dette, bien plus que le niveau du taux lui-même.
Le sujet n'a rien de théorique en cet automne 2026 : l'OAT à 10 ans a franchi 4 % fin juillet, 4,5 % à la mi-septembre, et touchait 4,90 % le 1er octobre, son plus haut niveau depuis 2002.
Où en est l'OAT à 10 ans ?
La série de référence est le TEC 10, publié chaque jour par l'Agence France Trésor et la Banque de France. Elle s'établissait à 4,63 % le 25 septembre 2026 et à 4,90 % le 1er octobre. En janvier, la moyenne mensuelle était de 3,53 %.
La hausse dépasse donc 130 points de base depuis le début de l'année, et l'essentiel s'est joué en quelques semaines : la moyenne d'août était encore de 4,00 %. Le chiffre bouge tous les jours. Pour la valeur du jour, la source est l'Agence France Trésor.
Un repère pour mesurer l'écart avec les prévisions : début 2026, les consensus de marché anticipaient une OAT vers 3,8 % pour la fin de l'année, selon la Caisse des Dépôts. Le marché les a dépassés de plus d'un point.
Pourquoi 5 % ou 6 % ne sont pas des seuils de crise
La vitesse compte plus que le niveau. En septembre 2022, le taux britannique à 30 ans a bondi de plus de 100 points de base en quelques jours après un budget mal reçu. La Banque d'Angleterre est intervenue en urgence le 28 septembre, alors que ce taux tournait autour de 5 %, un niveau sans rien d'extrême. C'est la brutalité du mouvement qui menaçait des fonds de pension, pas le chiffre atteint.
Un même taux n'a pas la même portée selon le contexte. L'Italie a connu sa crise de 2011 avec un taux à 10 ans autour de 7 %, dans une économie en croissance faible et une confiance dégradée.
L'écart avec le Bund mesure le risque propre à la France. Si le taux allemand monte autant que l'OAT, la hausse reflète un mouvement européen. Si l'écart se creuse, elle reflète une défiance envers la France. Cet écart est passé d'environ 0,7 point en janvier à environ 1,3 point le 1er octobre 2026, son plus haut niveau depuis 2012.
La dette peut s'auto-alimenter. Quand le coût de l'emprunt dépasse durablement la croissance nominale, la charge d'intérêts creuse le déficit, ce qui peut nourrir de nouvelles hausses de taux.
Le filet de la BCE limite le risque de rupture, sans l'exclure. Son instrument anti-fragmentation, le TPI, vise les mouvements de marché « désordonnés » et injustifiés. Il ne s'active que sous conditions : respect du cadre budgétaire européen, dette jugée soutenable, absence de déséquilibres graves, et décision du conseil des gouverneurs.
Quels signaux surveiller ?
Quatre indicateurs, plutôt qu'un niveau de taux :
- un écartement rapide de l'écart OAT/Bund ;
- une hausse de plus de 50 points de base en un mois ;
- une adjudication de l'Agence France Trésor mal couverte, c'est-à-dire une demande insuffisante lors d'une émission de dette ;
- une dégradation de la note de la France par les agences de notation.
Un seul de ces signaux ne fait pas une crise. C'est leur combinaison qui change la nature du risque. En septembre 2026, les deux premiers se sont allumés : plus de 50 points de base de hausse sur le mois, et un écart avec le Bund passé d'environ 0,85 point début septembre à 1,3 point le 1er octobre. Côté notation, Fitch et S&P maintiennent la France à A+, et Moody's la note Aa3 avec une perspective négative.
Quel impact sur les SCPI ?
La hausse des taux longs touche les SCPI par trois canaux :
- les taux de capitalisation : quand le placement sans risque rapporte davantage, les acheteurs d'immobilier exigent un rendement plus élevé ;
- la valeur d'expertise des immeubles, qui peut baisser et peser à terme sur le prix de part ;
- le coût du crédit, pour les SCPI qui empruntent comme pour les investisseurs qui achètent leurs parts à crédit.
Toutes les SCPI ne sont pas exposées de la même façon. Tout dépend des actifs, de leur localisation, de la qualité des locataires, de l'indexation des baux et du niveau d'endettement. Une SCPI dont les loyers sont indexés et la dette faible, ou à taux fixe sur plusieurs années, encaisse bien mieux un choc de taux qu'un fonds de bureaux endetté à court terme. Comme tout placement immobilier, une SCPI reste exposée à un risque de perte en capital et de liquidité : elle se pense sur huit à dix ans, pas au rythme des taux du jour.
Nous avons détaillé pourquoi l'OAT à 10 ans compte plus que la BCE pour les SCPI et quels actifs immobiliers sont les plus sensibles à la hausse des taux.
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FAQ
À partir de quel taux l'OAT 10 ans signale-t-elle une crise en France ?
Quel est le taux de l'OAT 10 ans aujourd'hui ?
Qu'est-ce que le spread OAT/Bund ?
La hausse de l'OAT fait-elle baisser le prix des parts de SCPI ?
Faut-il vendre ses SCPI quand l'OAT monte ?

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