La BCE a relevé ses taux directeurs deux fois en 2026, le 11 juin puis le 10 septembre. Le réflexe consiste à se demander quelles SCPI vont en pâtir, et la réponse habituelle tient en un mot : les bureaux. Les chiffres de 2025 disent autre chose. Selon l'ASPIM, la plus forte correction de valeur de réalisation par part a touché les SCPI santé et éducation (−4,1 %), devant les SCPI de bureaux (−2,3 %).
Nous avons expliqué comment une hausse des taux se transmet aux expertises puis aux prix de part ; cet article ne reprend pas ce mécanisme. Il regarde plus bas, au niveau des immeubles : quelles caractéristiques rendent un actif exposé, segment par segment, et ce que les données publiées ne permettent pas encore d'affirmer.
Quatre facteurs d'exposition, avant l'étiquette sectorielle
Ce qui rend un immeuble sensible à la hausse des taux, ce n'est pas d'abord sa catégorie. Ce sont quatre caractéristiques, qui se cumulent.
- La marge de rendement. L'écart entre le rendement de l'actif et celui des emprunts d'État à 10 ans. Plus il est mince, moins la valeur d'expertise a de marge avant de reculer.
- La nature des loyers. Un bail long, à loyer fixe ou faiblement indexé, se comporte comme une obligation : sa valeur actualisée baisse quand le taux d'actualisation monte. Un loyer révisé chaque année sur l'ILC ou l'ILAT amortit une partie du choc.
- Le retard d'expertise. Les valeurs comptables suivent le marché avec un décalage. Un actif pas encore réévalué reste exposé, même si son voisin a déjà corrigé.
- Le financement. Une dette à refinancer plus cher réduit le résultat distribuable, indépendamment de la valeur de l'immeuble.
Le repère du premier facteur n'est pas le taux de la BCE, mais l'OAT à 10 ans, repassée au-dessus de 4 % à l'été 2026, un niveau inédit depuis 2009 ; nous avons détaillé pourquoi l'OAT compte plus que la BCE. En face, les rendements « prime » se situent entre 4,00 % (JLL) et 4,25 % (Cushman & Wakefield) pour les bureaux et commerces franciliens, à 4,90 % en logistique et entre 5,75 % et 5,90 % pour les locaux d'activité, au deuxième trimestre 2026. Colliers estimait en avril qu'il faudrait en théorie un rendement d'au moins 5,25 % dans le quartier central des affaires parisien pour reconstituer une prime de risque suffisante. C'est une estimation de professionnel, antérieure aux deux hausses de la BCE, pas une mesure. Elle donne l'ordre de grandeur de l'écart à combler. Un même segment contient donc des actifs très exposés et d'autres beaucoup moins.
Bureaux : toujours les plus exposés, mais plus les seuls
Le bureau cumule le plus de facteurs, et il a déjà beaucoup corrigé. La valeur de réalisation par part des SCPI de bureaux a reculé de 9,5 % en 2024, puis de 2,3 % en 2025 selon l'ASPIM, avec un taux d'occupation financier tombé à 88,8 %, contre 91,2 % en 2023. Le taux de distribution 2025 de la catégorie ressort à 4,6 %, un chiffre passé qui ne préjuge pas des distributions futures et n'est pas garanti.
Il faut distinguer deux populations. Sur le bureau prime, la marge de rendement est mince et les taux ont commencé à se décomprimer en 2026 : 38 points de base en moyenne sur le premier semestre selon Cushman & Wakefield. Sur le bureau secondaire, le problème est l'absence de repères. Colliers relève au deuxième trimestre 2026 le manque de transactions de référence ; les actifs loués s'échangent à plus de 6 %, et jusqu'à 8 à 9 % dans les zones périphériques ou en difficulté locative. Deux immeubles classés « bureaux » peuvent ainsi se trouver à 4 points de rendement l'un de l'autre.
À la hausse des taux s'ajoute un effet d'usage : le télétravail, l'allongement des délais de relocation, la vacance structurelle de certains immeubles. Cet effet est distinct, et la seule stabilisation des taux ne le réglerait pas.
Santé et éducation : la correction la plus forte de 2025, et une hypothèse à manier avec prudence
En 2025, la correction la plus marquée n'a pas touché les bureaux mais les SCPI santé et éducation : valeur de réalisation par part en recul de 4,1 %, rendement global immobilier à 0,0 % et performance globale annuelle à −1,3 %, pour un taux de distribution moyen de 4,2 % (ASPIM). L'ASPIM indique par ailleurs que le niveau d'occupation des SCPI de santé est globalement stable : la baisse ne vient pas d'une vacance accrue, mais de la valorisation.
Une lecture cohérente avec un effet taux est celle de la durée. Des baux longs, souvent signés à des rendements d'acquisition modestes lorsque les taux étaient bas, se valorisent comme des obligations : quand le taux d'actualisation monte, la valeur baisse, sans que le locataire ait bougé. Cette lecture reste une hypothèse. L'ASPIM n'attribue la baisse à aucune cause précise, et le risque lié aux exploitants (EHPAD, cliniques) est une explication concurrente sérieuse. La moyenne, pondérée par la capitalisation, est en outre sensible aux plus gros véhicules d'un segment qui ne pèse que 2,4 % de la collecte brute au premier semestre 2026.
Résidentiel : l'écart entre valeur d'expertise et prix d'échange
Le résidentiel illustre autre chose : la distance entre ce que valent les immeubles et ce que valent les parts. En 2025, la valeur de réalisation par part des SCPI résidentielles n'a reculé que de 1,2 %, mais leur performance globale annuelle ressort à −4,5 %, la plus faible de toutes les catégories (ASPIM). Avec un taux de distribution de 4,2 %, la différence, environ 8,7 points, correspond à la baisse du prix des parts. C'est une déduction à partir de deux chiffres publiés, pas un chiffre publié.
L'ASPIM ne détaille pas cet écart. La presse spécialisée relève en revanche qu'une SCPI résidentielle dont la variabilité du capital a été suspendue en avril 2025 a vu ses parts s'échanger sur le marché secondaire avec des décotes atteignant 40 % par rapport à sa valeur de réalisation. Pour ce segment, l'exposition observée passe donc en partie par la liquidité de sortie (capital fixe, confrontation mensuelle) plutôt que par les seules expertises. Nous avons expliqué pourquoi une décote de marché secondaire n'est pas une baisse de la valeur des immeubles. La hausse des taux n'explique pas seule ce recul, ce qui interdit de parler d'une souffrance uniforme du résidentiel.
Logistique, locaux d'activité, commerces : la meilleure tenue, mesurée par des expertises
Les SCPI de logistique et de locaux d'activité affichent en 2025 la meilleure tenue des expertises (valeur de réalisation +0,7 %) et le rendement global immobilier le plus élevé (+6,4 %), devant les commerces (+4,3 %, valeur de réalisation −0,6 %).
| Catégorie ASPIM (2025) | Valeur de réalisation par part | Rendement global immobilier | Performance globale annuelle |
|---|---|---|---|
| Santé et éducation | −4,1 % | 0,0 % | −1,3 % |
| Bureaux | −2,3 % | 2,4 % | −0,3 % |
| Résidentiel | −1,2 % | 3,0 % | −4,5 % |
| Commerces | −0,6 % | 4,3 % | 4,1 % |
| Diversifiées | −0,4 % | 5,7 % | 6,3 % |
| Logistique et locaux d'activité | +0,7 % | 6,4 % | 5,8 % |
| Ensemble du marché | −1,8 % | 3,1 % | 1,5 % |
Deux facteurs vont dans le sens de la théorie : des rendements de départ plus élevés, donc plus de marge face à l'OAT, et une décompression limitée des taux prime au premier semestre 2026, 15 points de base en logistique et 7 en commerces selon Cushman & Wakefield, contre 38 en bureaux.
Une réserve tout de même. Cette résistance est mesurée par des expertises, alors que l'investissement en logistique a fortement reculé en France : 436 millions d'euros au premier semestre 2026, contre 1,5 milliard un an plus tôt. Peu de transactions, peu de prix de référence. La résilience est constatée, pas encore éprouvée.
Quand une hausse des taux se voit-elle dans le prix de la part ?
Avec retard, et par paliers. Après le relèvement des taux directeurs amorcé à l'été 2022, la valeur de réalisation moyenne par part a reculé de 10,3 % en 2023, de 5,8 % en 2024 puis de 1,8 % en 2025 (ASPIM). L'indice MSCI France Annual Property, qui mesure l'immobilier d'investissement détenu par les institutionnels, affiche un rendement en capital de −11 % en 2023 et de −3,2 % en 2024, avant un rendement global redevenu positif en 2025 (+3,3 %).
Le prix de souscription, lui, ne suit pas la courbe. Le Code monétaire et financier (art. L. 214-94) impose que tout écart de plus de 10 % entre le prix de souscription et la valeur de reconstitution soit justifié par la société de gestion et notifié à l'AMF ; en pratique, les gérants ajustent par à-coups, d'où les baisses de prix de part concentrées sur 2023-2025. En 2025, 14 SCPI à capital variable ont baissé leur prix et 17 l'ont relevé ; au premier trimestre 2026, le prix moyen du segment n'a bougé que de −0,1 %.
Deux précisions de calendrier. L'ASPIM a publié les valeurs de réalisation 2025 en mai 2026 ; celles de 2026 ne seront connues qu'au printemps 2027 si ce rythme est reconduit. Et les deux relèvements de 2026, de 0,25 point chacun, portent le taux de dépôt à 2,50 % : une ampleur sans rapport avec le cycle 2022-2023, qui l'avait mené de −0,50 % à 4 %. Aucune extrapolation mécanique n'est possible.
Comment mesurer l'exposition d'une SCPI dans ses documents ?
Quatre lignes du bulletin trimestriel et du rapport annuel permettent d'apprécier l'exposition d'une SCPI, sans suffire isolément.
- Le rendement distribué rapporté à l'OAT 10 ans. Plus l'écart est faible, moins le rendement rémunère le risque immobilier et l'illiquidité. C'est un repère, pas un modèle de valorisation.
- La durée résiduelle ferme des baux (WALB) et les clauses d'indexation. Elles disent si les loyers suivent l'inflation ou restent figés.
- L'écart entre valeur de réalisation et prix de part, et la date des dernières expertises. Un patrimoine expertisé récemment a déjà intégré une partie de la hausse.
- L'échéancier de la dette. Part à taux fixe, variable ou couverte, et échéances à refinancer dans les 24 mois. Selon l'ASPIM, 38 % des SCPI n'ont pas ou très peu recours à l'endettement (ratio inférieur à 10 %). Le ratio lui-même se lit comme nous l'expliquons ici.
Ces lignes complètent le suivi de vos SCPI après la souscription. Elles ne suppriment ni le risque de perte en capital ni le risque de liquidité, propres à tout placement en parts de SCPI, qui se détient sur le long terme, huit à dix ans au moins : elles servent à savoir lesquels vous prenez.
Quatre limites restent à garder en tête en lisant ces chiffres. Les catégories de l'ASPIM classent des SCPI selon leur stratégie dominante, pas des immeubles : une SCPI « diversifiée » détient aussi des bureaux, et une SCPI « santé » des actifs de nature différente. Les données 2025 reflètent surtout le resserrement de 2022-2023, l'effet des hausses de 2026 sur les expertises n'étant pas encore publié. Une corrélation n'établit pas une cause : exploitants, capital fixe et vacance brouillent la lecture par les seuls taux. Enfin, les moyennes pondérées masquent la dispersion, 14 baisses de prix de part contre 17 hausses en 2025 pour une moyenne de marché quasi stable début 2026. Le titre de cet article dit « exposés », pas « vont souffrir » : les données publiées décrivent le cycle précédent, et celui de 2026 est, pour l'instant, d'une tout autre ampleur.
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Ce qu'il faut retenir
- L'exposition aux taux se lit dans quatre facteurs, pas dans une étiquette : marge de rendement face à l'OAT, nature des loyers, retard d'expertise, financement.
- Le bureau reste le plus exposé (−9,5 % puis −2,3 % de valeur de réalisation en 2024 et 2025, TOF 88,8 %), mais il a déjà corrigé et se scinde en deux marchés.
- La santé a le plus corrigé en 2025 (−4,1 %), avec une occupation stable : l'hypothèse « baux longs = comportement obligataire » est cohérente, pas démontrée.
- Le résidentiel souffre par la liquidité plus que par les expertises : −1,2 % de valeur de réalisation, −4,5 % de performance globale.
- Logistique et commerces tiennent (+0,7 % et −0,6 %), mais avec peu de transactions pour l'attester.
- Le prix de part réagit avec retard et par paliers ; les hausses de 2026 (0,50 point au total) sont sans commune mesure avec les 4,50 points de 2022-2023.
FAQ
La hausse des taux fait-elle baisser mécaniquement le prix des parts de SCPI ?
Les SCPI de bureaux sont-elles les seules exposées aux taux ?
Une SCPI sans dette est-elle protégée de la hausse des taux ?
La hausse des taux peut-elle profiter à certaines SCPI ?
Quand connaîtra-t-on l'effet des hausses de 2026 sur les SCPI ?

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